Zone Franc: La parité XAF–XOF s’effrite dans les faits
C’est la conclusion du Camercap-Parc dans sa récente sortie, qui observe une décote devenue quasi officielle entre les deux monnaies du franc CFA.
La parité historique entre le franc CFA d’Afrique centrale (XAF) et celui d’Afrique de l’Ouest (XOF) ne résiste plus à l’épreuve du quotidien. C’est ce que révèle une note récente du Centre d’analyses et de recherches sur les politiques économiques et sociales du Cameroun (Camercap-Parc), qui décrit une réalité désormais visible « sous nos yeux », selon son Directeur exécutif, Barnabé Okouda. Le document relève qu’alors que les deux monnaies sont officiellement égales, les transactions réalisées dans les aéroports, les hôtels ou même les bureaux de change montrent l’inverse : le XAF vaut moins que le XOF.
Cette rupture tacite s’est installée progressivement. D’abord tolérée dans les circuits informels, elle s’affiche aujourd’hui dans des cadres entièrement officiels. « Pour 10 000 XAF, vous recevez à peine 8 000 XOF », observe la note en évoquant les bureaux de change des aéroports de Cotonou, Lomé, Abidjan ou Dakar. Qui indique que, les décotes, variant entre 10 % et 20 %, s’appliquent même dans certaines boutiques, où le XAF est parfois refusé. « À l’extérieur, les changeurs de rue évoluent dans les mêmes marges, signe que le phénomène a débordé tout contrôle », décrie Barnabé Okouda.
Il affirme dans son analyse que, le constat ne se limite pas aux lieux de transit. « Dans les hôtels, les variations peuvent atteindre 25 % selon le standing. Plus surprenant encore, la compagnie aérienne Asky affiche noir sur blanc cette différenciation dans son magazine de bord, diffusé dans plus de vingt-cinq pays africains. Les produits y sont systématiquement tarifés selon deux montants distincts : l’un pour le XOF, l’autre pour le XAF ». Cette mise en scène publique d’une décote fragilise l’idée même d’une monnaie commune.
Au-delà des chiffres, le Camercap-Parc alerte sur les conséquences psychologiques de cette évolution. Le Centre d’analyses attire l’attention sur le fait que, les populations de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) développent désormais la conviction que leur monnaie « est plus forte » que celle d’Afrique centrale, induisant « un brin de complexe de supériorité ». À l’inverse, « les ressortissants de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) subissent une forme de dévalorisation symbolique, accentuée par les difficultés rencontrées lors de l’utilisation de leurs cartes bancaires dans l’espace Uemoa ». Dans ces situations, relève un économiste, payer en espèces – quitte à perdre au change – se révèle souvent plus avantageux.
Pour l’Expert, cette désarticulation monétaire pose une question centrale : peut-on encore parler de zone franc unifiée ? « Le CFA/XOF et le CFA/XAF, ce n’est plus la même monnaie », tranche Barnabé Okouda, invitant les autorités à sortir du déni. Selon lui, une réaction devient urgente. Soit en officialisant une nouvelle parité, fixe ou flexible, soit en repensant la structure même de l’union monétaire, à l’image de la relation existant entre le dollar américain et le dollar canadien.
Le Camercap-Parc ne rouvrirait pas ici le débat sur la souveraineté monétaire, mais pointe « des évidences » qu’aucune décision politique ne semble vouloir prendre en charge. Comme le conclut son auteur, « acceptons la réalité et agissons ». Car derrière cette décote devenue ordinaire, c’est la solidité de la zone Cemac et l’avenir même du XAF qui se redessinent, silencieusement mais sûrement.
Hélène Tientcheu

