Zlecaf: La CEA mise sur les femmes commerçantes
À l’occasion du lancement de son nouveau projet régional le 12 juin dernier à Yaoundé, la CEA a rappelé que malgré leur contribution déterminante aux échanges régionaux, les femmes continuent de faire face à de nombreux obstacles qui limitent leur plein potentiel économique.
Elles portent sur leurs épaules près de 70 % du commerce transfrontalier informel en Afrique centrale, mais exercent encore dans l’ombre et la précarité. Pour sortir ces millions de femmes de la vulnérabilité et en faire les fers de lance de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), la Commission économique pour l’Afrique (CEA) passe à l’offensive.
Le Bureau sous-régional de l’institution a officiellement lancé un projet d’envergure intitulé : « Améliorer le commerce transfrontalier impliquant les entreprises informelles détenues par des femmes en Afrique ». Dotée d’un budget de 637 800 dollars américains et planifiée jusqu’en 2029, cette initiative cible quatre pays pilotes : le Cameroun, le Gabon, la République centrafricaine et la Guinée équatoriale.
L’urgence de formaliser un géant invisible
L’enjeu est immense. Une récente étude de la CEA, menée dans la zone des trois frontières (Cameroun-Gabon-Guinée équatoriale), met en lumière le poids économique de ces actrices : elles assurent à elles seules 61 % des exportations et plus de huit commerçantes sur dix travaillent à leur propre compte.
Pourtant, ce dynamisme se heurte à des barrières structurelles majeures. Près de 71 % de ces opératrices ne maîtrisent pas les procédures douanières. À cela s’ajoutent les coûts administratifs disproportionnés, les rackets, les restrictions de mobilité et l’absence d’accès aux financements.
Pour Jean Luc Mastaki Namegabe, directeur du Bureau sous-régional de la CEA pour l’Afrique centrale, la réussite de la Zlecaf est conditionnée par leur intégration : « Les femmes commerçantes contribuent de manière décisive aux revenus des ménages et à la sécurité alimentaire. Ce projet ambitionne de transformer les frontières en espaces d’opportunités, de confiance et de prospérité partagée ».
Pour inverser la tendance, la CEA déploie une stratégie méthodique. Le programme prévoit la création d’une base de données géoréférencée des marchés et des corridors commerciaux, l’organisation de dialogues public-privé et la rédaction de feuilles de route nationales sensibles au genre.
« L’ambition est de transformer les données en politiques publiques, et les réformes en opportunités économiques réelles pour les femmes », résume le coordonnateur du projet, Ghitu I. Mundunge.
Sécuriser les frontières, un impératif humain
Au-delà de l’aspect purement commercial, le projet s’attaque au volet sécuritaire et humain. Lors du webinaire de lancement, ONU Femmes, par la voix de sa représentante résidente au Cameroun, Marie-Pierre Racky Chaupin, a pointé du doigt les violences et le harcèlement que subissent quotidiennement ces femmes aux postes frontaliers, insistant sur l’urgence de mieux documenter ces dérives pour y mettre fin.
Soutenue par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et la CNUCED, qui apporteront leur expertise en matière de digitalisation et de gestion de la mobilité, la CEA veut faire de l’inclusion le véritable moteur de l’intégration sous-régionale. Car comme l’a rappelé Jean Luc Mastaki Namegabe en clôture : « Lorsque les femmes commerçantes franchissent une frontière dans de meilleures conditions, c’est toute l’Afrique centrale qui progresse ».
Par Diane Kenfack

