Yaoundé: capitale au visage hideux 

Il est des moments où une ville cesse d’être un simple espace de vie pour devenir une vitrine. En effet, dans quelques heures, Yaoundé sera précisément au cœur de l’organisation de la 14ᵉ conférence de l’Organisation mondiale du commerce : une vitrine scrutée par près de 4 000 délégués et, dans un tout autre registre, par le monde entier à l’occasion de la visite du Pape au mois d’avril prochain. Deux événements majeurs, deux projecteurs braqués sur la capitale camerounaise. Et pourtant, derrière les apparences, c’est un visage bien moins reluisant qui se dévoile : celui d’une ville à la peine, engluée dans ses contradictions et ses insuffisances.

Car, Yaoundé aujourd’hui ne rassure pas. Elle inquiète. Elle interroge. Comment comprendre que, malgré les efforts diplomatiques et politiques consentis pour que ces événements internationaux se tiennent en Afrique, et précisément à Yaoundé, la ville peine à offrir le minimum requis en matière d’accueil ? La question de l’hébergement en est l’illustration la plus criante. Les capacités hôtelières sont notoirement insuffisantes. À défaut de chambres disponibles, les délégations de l’OMC se tournent vers des solutions de fortune : résidences privées, appartements meublés loués à la hâte, arrangements improvisés. Une situation qui frôle l’embarras pour une capitale appelée à accueillir le monde.

Mais le malaise ne s’arrête pas là. Il suffit d’emprunter les artères de la ville pour prendre la mesure du problème. Routes dégradées, nids-de-poule omniprésents, circulation chaotique : le réseau routier, pourtant essentiel à la mobilité et à l’image d’une capitale, donne à voir une réalité préoccupante. Le triste spectacle du week-end dernier, marqué par des tensions entre des responsables du ministère de l’Habitat et des agents de la mairie de ville, n’a fait que révéler au grand jour des dysfonctionnements déjà bien ancrés.

À cela s’ajoute une insalubrité persistante. Déchets mal gérés, espaces publics négligés, absence d’entretien visible : Yaoundé peine à se présenter sous son meilleur jour. Ce tableau n’est pas le fruit du hasard. Il est le résultat d’un enchevêtrement de défaillances : planification urbaine insuffisante, gestion approximative des infrastructures, absence de vision à long terme. En un mot, un problème de gouvernance. Car une capitale ne se dégrade pas du jour au lendemain, elle reflète, dans ses fissures et ses manques, les choix ou les renoncements de ceux qui dirigent le pays.

L’enjeu dépasse la simple question esthétique. Il touche à la crédibilité du Cameroun, à sa capacité à accueillir, organiser et rayonner. À l’heure où les nations africaines cherchent à s’imposer comme des acteurs majeurs sur la scène internationale, chaque détail compte. Chaque insuffisance devient un message.

Yaoundé aurait pu être un symbole de fierté. Elle risque de devenir un révélateur d’impréparation.

Comme à la veille de la Coupe d’Afrique des nations 2021, l’État s’emploie aujourd’hui à colmater les brèches les plus visibles, à organiser une réponse d’urgence. Mais au-delà des solutions ponctuelles, c’est une refondation plus profonde qui s’impose. Car une ville ne se transforme pas pour un événement, elle se construit pour ses habitants, et se prépare en permanence à accueillir le monde, à donner envie à tout visiteur d’y revenir.

À défaut, chaque grand rendez-vous ne sera plus qu’un miroir impitoyable, renvoyant à Yaoundé l’image d’une capitale qui peine à être à la hauteur de ses ambitions.

 

Bertrand Eba

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