Yannick Djoko, Directeur général d’Africa Univ Tech: « La fiscalité camerounaise doit cesser d’être un frein »

Le président du Gecam joue pleinement son rôle lorsqu’il prend la parole dans des moments aussi critiques pour la nation. Son intervention récente met en lumière deux points essentiels.

D’abord, il procède à une évaluation du plan stratégique mis en œuvre par le gouvernement actuel pour faire du Cameroun un pays émergent. Ensuite, il formule des recommandations visant à remettre le pays sur la voie d’un nouvel élan économique. Son analyse révèle clairement que l’équipe dirigeante en place, ou plus largement le système actuel, semble dépassé par les événements et incapable de mener le Cameroun vers une véritable émergence, compte tenu des politiques publiques prioritaires adoptées.

Parmi les obstacles majeurs figurent la réforme fiscale inachevée, les dysfonctionnements dans le domaine de la justice et surtout la corruption omniprésente à tous les niveaux de la société. L’expérience montre que de nombreux Camerounais parviennent même à justifier cette corruption, en la comparant à celle présente dans d’autres pays comme la France ou les États-Unis. Une telle manière de penser traduit une normalisation inquiétante de ce fléau.

Cette situation illustre une défaillance profonde dans la formation et la gestion des ressources humaines : lorsque les citoyens en viennent à rationaliser la corruption plutôt qu’à la combattre, cela témoigne d’une crise morale et institutionnelle profonde. Le président du Gecam souligne ainsi que le Cameroun se trouve dans un abîme préoccupant, rendant toute sortie de crise extrêmement difficile sans une réforme en profondeur du système actuel.

Les priorités économiques du Cameroun sont claires, et parmi elles figure la réforme fiscale, souvent critiquée pour son caractère incohérent et pénalisant pour les entrepreneurs.

En effet, le système fiscal camerounais impose une taxe sur le chiffre d’affaires des entreprises, ce qui est particulièrement incongru. Le chiffre d’affaires ne représente pas le bénéfice d’une entreprise, et taxer cette base revient à ignorer la réalité économique des entrepreneurs. Dès leur formation, on apprend aux chefs d’entreprise que le chiffre d’affaires n’est pas une somme disponible, mais un indicateur de revenus bruts. Pourtant, au Cameroun, on exige des entreprises de verser 5,5 % de leur chiffre d’affaires à l’État chaque mois, quel que soit leur niveau de charges ou de marge bénéficiaire.

Ce mécanisme fragilise particulièrement les petites entreprises et celles opérant avec des marges réduites. Par exemple, une société qui réalise 10 000 de chiffre d’affaires avec une marge de 2 à 5 % se retrouve contrainte de payer une taxe qui peut dépasser largement ses bénéfices réels. Dans un contexte concurrentiel où toutes les entreprises n’ont pas les mêmes charges, cette règle uniformisée est catastrophique.

La situation ne s’arrête pas là. Les employeurs doivent également s’acquitter de lourdes charges patronales sur les salaires, dans un pays qui cherche pourtant à encourager le plein emploi. Ainsi, lorsqu’un employeur promet un salaire de 80 000 FCFA, il doit en plus verser environ 20 000 FCFA à l’État en charges sociales. L’employé, lui, utilise son salaire pour régler ses dépenses quotidiennes (logement, électricité, eau, etc.), alors que l’État n’apporte pas suffisamment de contreparties en matière de services publics et d’infrastructures.

Dans d’autres pays disposant de ressources comparables (minières et pétrolières), les charges liées à l’énergie, au logement ou à l’eau sont en grande partie prises en charge par l’État, ce qui favorise la compétitivité et la croissance économique. Au Cameroun, cette pression fiscale excessive et improductive freine non seulement la performance des entreprises, mais aussi celle des employés et, plus largement, de l’économie nationale.

Une réforme profonde et adaptée est donc indispensable pour transformer la fiscalité camerounaise en un outil de développement plutôt qu’un obstacle à la prospérité.

Propos recueillis par H. T.

 

 

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