Whisky en sachet: Le coût d’un sursis qui n’en finit plus
Après le décès d’une fillette de 7 ans à Bangangté, dans la région de l’Ouest, la Fondation camerounaise des consommateurs relance le débat sur le whisky en sachet.
Une fillette de 7 ans décède à Bangangté, dans la région de l’Ouest, après avoir consommé un sachet de whisky vendu à 100 FCFA. Quelques heures plus tard, la Fondation camerounaise des consommateurs (Focaco) remet sur la table un dossier que beaucoup croyaient réglé : celui du whisky en sachet. Pour l’organisation, ce drame illustre les limites d’une réglementation dont l’application fait toujours débat plus de dix ans après les premières mesures d’interdiction. Dans un communiqué publié le 16 juin 2026, la Focaco demande l’examen immédiat du recours déposé devant le Tribunal administratif de Yaoundé en mai 2023. Ce recours vise l’annulation de l’arrêté conjoint du 31 octobre 2022 qui avait accordé un nouveau moratoire aux producteurs concernés.
« Cette enfant ne devait pas mourir », affirme l’organisation de défense des consommateurs. Selon son président, Alphonse Ayissi Abena, le dossier judiciaire enregistré sous le numéro 1388 n’a toujours pas été examiné. « Nous avions prévenu. Nous avions agi », insiste-t-il. Au cœur de la controverse se trouve une question qui agite les pouvoirs publics depuis plus d’une décennie : comment mettre fin à la commercialisation de boissons alcoolisées conditionnées dans de petits sachets accessibles à très bas prix ?
L’histoire remonte à 2014. Cette année-là, les ministères en charge de l’Industrie, du Commerce et de la Santé adoptent une norme destinée à retirer progressivement du marché certaines boissons jugées nocives. Les producteurs obtiennent alors plusieurs délais pour adapter leurs activités. Toutefois, ces reports successifs ont entretenu une situation paradoxale. D’un côté, les autorités ont annoncé régulièrement la fin prochaine du whisky en sachet. De l’autre, le produit a continué à circuler dans les marchés, les boutiques de quartier et les kiosques.
Un manque à gagner de plus de 200 milliards par an
En avril 2023, le gouvernement a pourtant annoncé l’interdiction de la production et de la vente de ces boissons. Cette décision a été saluée par les associations de consommateurs. « Nous demandons au gouvernement d’aller plus loin », déclarait alors Alphonse Ayissi Abena, appelant à l’éradication complète de produits qu’il jugeait dangereux pour la population. Mais sur le terrain, la réalité s’est révélée plus complexe. Plusieurs commerçants continuent à proposer ces sachets à leurs clients. « Moi, je vends parce que je vis de ça », explique un revendeur du centre-ville de Yaoundé, soulignant que les circuits d’approvisionnement restent actifs malgré les annonces officielles.
Cette difficulté d’application traduit également un enjeu économique important. Le marché des boissons alcoolisées à bas prix représente une activité qui mobilise producteurs, distributeurs, grossistes et détaillants. Sa disparition implique une réorganisation complète de certaines chaînes de commercialisation. En mars 2025, les autorités ont relancé les opérations de contrôle. Le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique a notamment ordonné la mise sous scellés des installations de l’entreprise Reddys Global Industry. Le gouvernement annonçait alors vouloir étendre les contrôles à toutes les entreprises ne respectant pas les normes en vigueur.
Cette reprise en main intervient dans un contexte où les pertes liées aux circuits informels et aux produits contrefaits préoccupent les acteurs économiques. Selon la Chambre camerounaise de commerce, de l’industrie, des mines et de l’artisanat, la contrebande et la contrefaçon entraîneraient chaque année un manque à gagner de plus de 200 milliards de FCFA pour l’économie nationale. Aujourd’hui, le décès de Bangangté redonne une nouvelle résonance à ce débat. La Focaco réclame la suspension du moratoire, l’application stricte de la norme adoptée en 2014 et l’ouverture rapide d’une audience sur le recours déposé depuis trois ans.
Hélène Tientcheu

