Transport urbain : la suspension de Yango relance le débat sur la régulation du numérique au Cameroun
Le ministère des Transports a décidé de suspendre les activités de transport public de personnes opérées via la plateforme numérique Yango au Cameroun.
Une décision qui marque un tournant dans les relations entre les autorités publiques et les acteurs du transport urbain digitalisé, alors que la plateforme s’était progressivement imposée dans les grandes villes comme Douala et Yaoundé. Dans un communiqué officiel signé par le ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè, le gouvernement justifie cette mesure par le non-respect de la réglementation nationale encadrant les professions de transporteur routier et des auxiliaires de transport. Les autorités indiquent que cette suspension intervient après des mises en demeure adressées aux responsables de la plateforme ainsi que plusieurs réunions d’évaluation tenues au ministère.
Selon le ministère, les activités de Yango resteront suspendues jusqu’à leur mise en conformité avec les textes en vigueur, notamment la loi du 23 juillet 2001 relative aux professions de transporteur routier ainsi que le décret d’octobre 2022 fixant les conditions d’accès à ces métiers. « La mise en demeure d’une période de deux mois pour se conformer aux obligations légales d’exercice de l’activité de transport par taxi de personnes opéré via les plateformes numériques », renseigne le document.
Le gouvernement invite également les opérateurs du transport numérique et les transporteurs exerçant sans autorisation à régulariser leur situation administrative. Cette décision intervient dans un contexte où les plateformes numériques de mobilité connaissent une forte croissance au Cameroun. Depuis son arrivée sur le marché, Yango avait séduit une partie des usagers grâce à des tarifs jugés compétitifs, une meilleure traçabilité des courses et un sentiment accru de sécurité pour les clients.
À Douala comme à Yaoundé, de nombreux utilisateurs avaient adopté ce mode de déplacement comme alternative aux taxis traditionnels. Mais cette expansion rapide n’a pas été sans critiques.
Des syndicats de taximen dénonçaient depuis plusieurs mois une concurrence qu’ils estimaient déséquilibrée, reprochant aux chauffeurs opérant via les plateformes numériques de ne pas supporter les mêmes charges réglementaires et fiscales que les transporteurs classiques.
Au-delà du cas Yango, cette suspension remet au centre du débat la question de l’encadrement des innovations numériques dans le secteur des transports. Entre modernisation des services et respect des exigences légales, les autorités camerounaises semblent vouloir imposer un cadre plus strict aux nouveaux acteurs de la mobilité urbaine. Reste désormais à savoir si cette mise à l’arrêt conduira à une simple régularisation ou à une redéfinition plus profonde du transport numérique au Cameroun.
Diane Kenfack

