Tensions post-électorale: Les agences de voyages face au choc
À Douala et Yaoundé, en passant par Bafoussam, les manifestations post-électorales ont paralysé le transport urbain et interurbain.
Depuis l’annonce des résultats de la présidentielle du 27 octobre 2025, le secteur des transports, notamment les agences, vit une période d’incertitude sans précédent. À Douala, plusieurs agences interurbaines restent fermées et les bus stationnés, tandis que les taxis et mototaxis circulent timidement. Les Camerounais, craignant pour leur sécurité, se déplacent principalement à pied. « La peur a gagné la plupart des transporteurs », confie un agent d’une agence à Akwa.
Cette paralysie, explique-t-il, s’inscrit dans le cadre d’un appel à trois jours (du 3 au 5 novembre 2025) de ville-morte lancé par Issa Tchiroma Bakary, président du Front pour le salut national du Cameroun (Fsnc), arrivé deuxième avec 35,19 % des suffrages. Le président réélu Paul Biya, avec 53,66 % des voix, devrait être investi cette semaine, mais la tension persiste. Face à cette situation, le ministère des Transports (Mintransports) a pris les devants.
Le 4 novembre 2025, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibehè a réuni à Yaoundé, les présidents nationaux des syndicats de transporteurs urbains et interurbains ainsi que les responsables des mototaxis pour assurer la fluidité des transports. « Nous avons mis en place un ensemble de mesures pour garantir la sécurité des personnes, des biens et du matériel roulant durant cette période », a déclaré le ministre.
Parmi les mesures annoncées : la création d’une cellule de veille multisectorielle coordonnée par le Premier ministre, le renforcement des dispositifs de sécurité sur les corridors stratégiques, l’escorte des flux de marchandises, la sécurisation du transport urbain et interurbain, ainsi que l’allègement des tracasseries administratives. Les syndicats se sont engagés à relayer ces dispositions auprès de leurs membres afin de faciliter une reprise progressive des activités.
Pour les agences de voyages, ces mesures sont un soulagement, mais la situation reste fragile. « Nos bureaux sont ouverts, mais le trafic est réduit de moitié. Les clients hésitent à réserver et certains circuits interurbains sont suspendus », témoigne Pauline Mbarga, responsable d’une agence à Douala. Qui indique que la limitation des déplacements pèse lourdement sur les revenus et met en difficulté le personnel.
La crise post-électorale agit également sur les transporteurs de marchandises. La suspension temporaire des pesages, les convois encadrés par les forces de l’ordre et la sécurisation des produits pétroliers visent à protéger le fret, mais ralentissent l’acheminement. Les agences de voyages, souvent partenaires logistiques de ces transporteurs, doivent jongler avec des horaires adaptés et des trajets réaménagés.
Dans ce contexte, les acteurs du secteur multiplient les initiatives pour rassurer la clientèle. Des plans de communication clairs, des informations régulières sur les itinéraires disponibles et des mesures sécuritaires renforcées sont déployés pour maintenir un minimum d’activité. Selon un responsable syndical, « l’objectif est de préserver à la fois la sécurité des passagers et la survie des entreprises ».
Pour lui, cette période de tension rappelle combien le transport et le tourisme sont vulnérables face aux crises politiques. « Les agences de voyages, tout en restant attentives aux consignes gouvernementales, jouent un rôle clé dans la continuité économique et la cohésion sociale. Leur adaptation rapide est indispensable pour limiter les pertes et préparer la reprise dès que la situation se stabilisera ». Entre prudence et résilience, le secteur espère que la mobilisation conjointe des autorités et des transporteurs permettra de surmonter cette crise.
H.T

