Souveraineté Énergétique: L’État reprend le contrôle avec la création de la SOCADEL
Dotée d’un capital de social de 43,9 milliards de FCFA, cette nouvelle entreprise publique marque la fin d’une ère et le retour en force de l’État dans un secteur stratégique pour l’industrialisation du pays.
Le paysage énergétique camerounais vient de connaitre son plus grand séisme institutionnel depuis la privatisation de la Société Nationale d’Électricité (SONEL) au début des années 2000. Le 04 mai 2026, le président de la République Paul Biya a signé le décret portant création de la Société Camerounaise d’Électricité (SOCADEL). Ce geste attendu par de nombreux observateurs, sonne le glas définitif du modèle de concession privée et place désormais la gestion du courant électrique sous le giron direct de l’État. En effet, les relations entre l’État et l’opérateur historique ENEO étaient marquées depuis plusieurs années par des tensions récurrentes, des désaccords financiers et une insatisfaction croissante des usagers face aux délestages. En créant la SOCADEL, le gouvernement camerounais ne change pas simplement de sigle, il opère également un changement de paradigme avec un objectif clair qui est celui de la « souveraineté énergétique ».
Dans un pays engagé dans sa Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30), l’énergie n’est plus considérée comme une simple marchandise, mais comme un levier régalien indispensable à l’industrialisation. C’est dans cette optique que la SOCADEL, entreprise à capitaux publics a désormais pour mission de transformer ce service public pour le rendre plus performant, plus transparent et plus accessible à toutes les franges de la population. La SOCADEL peut d’ores et déjà être considérée comme un « géant verticalement intégré » dans le paysage énergétique au Cameroun, puisque sa structure impressionne par son ambition. Contrairement aux tendances de découpage observées ailleurs dans le monde, où les activités de production, de transport et de distribution sont séparées, le Cameroun semble opter pour un modèle intégré. La Société Camerounaise d’Électricité couvrira l’ensemble de la chaîne de valeur partant de la production à la commercialisation en passant par le transport et la distribution.
Vers un futur électrifié
Dotée d’un capital social de 43,9 milliards de FCFA, la nouvelle entité dispose d’une assise financière lui permettant d’entamer les chantiers de modernisation des infrastructures, car la SOCADEL n’est pas seulement un repreneur d’actifs, c’est également un outil de planification puisqu’elle devra notamment gérer l’épineux dossier de la vétusté des réseaux de distribution, cause principale des pertes d’énergie et des interruptions de service. Pour mener à bien ses activités, l’organisation de la société repose sur un triptyque de gouvernance classique, mais renforcé à l’instar d’une Assemblée générale, le Conseil d’administration et la Direction générale. Cette architecture vise à garantir un contrôle rigoureux des fonds publics tout en offrant la flexibilité nécessaire à une gestion commerciale moderne. Preuve de l’urgence de la Situation, le gouvernement n’a pas perdu de minute car vingt quatre heures seulement après la signature du décret présidentiel, le Ministre de l’Eau et de l’Energie, Gaston Eloundou Essomba, a présidé le 05 mai 2026 à Yaoundé, la session inaugurale du Conseil d’administration de la SOCADEL.
Si l’enthousiasme est palpable au sein des cercles gouvernementaux, les défis qui attendent la SOCADEL sont colossaux. Le premier est technique avec la nécessité d’investissements massifs sur le réseau de distribution afin de réduire le taux de perte de l’énergie produite, notamment par les grands barrages comme celui de Nachtigal. Quant au second défi, il est financier. Avec un capital de 43,9 milliards de FCFA, la SOCADEL devra prouver sa capacité à être rentable tout en maintenant des tarifs sociaux pour les couches les plus vulnérables de la population. Enfin, le défi de la qualité de service n’échappe pas au regard critique du citoyen lambda, car le succès de la SOCADEL ne se mesurera pas au montant de son capital financier, mais à la rareté des coupures d’électricité et à la justesse de la facturation. L’État, en reprenant la gestion directe de la société d’énergie électrique, s’expose désormais en première ligne face aux critiques en cas de défaillance.
Par Arnaud Joseph Etoundi

