Souveraineté alimentaire: Les farines locales en vitrine à Yaoundé
À l’approche de la célébration de la 54e fête de l’Unité nationale, l’esplanade du Musée National de la capitale politique a vibré au rythme de l’innovation gastronomique et agricole du 13 au 20 mai 2026 avec en prime, la campagne de promotion des farines locales et la mise en lumière des artisans d’un pays qui se nourrit de ses propres terres.
L’ambiance était festive, les effluves de pain chaud et de pâtisseries fraichement sorties du four ont attiré une foule immense et curieuse sur l’esplanade du Musée National de Yaoundé du 13 au 20 mai 2026. C’était en prélude au grand défilé du 20 mai, que le village de l’Unité s’est transformé en un véritable laboratoire de la souveraineté alimentaire et parmi les stands les plus courus, l’on a remarqué celui du Service d’Appui aux Initiatives Locales de Développement (SAILD), une ONG historique du secteur rural. Cette année 2026, le Ministère de la Jeunesse et de l’Éducation Civique (MINJEC), a choisi de placer la jeunesse entrepreneuriale et l’indépendance économique au centre des festivités. C’est dans cette dynamique que la campagne publicitaire déployée autour des produits à base de farines locales a représenté un enjeu stratégique national, dont l’objectif affiché par les autorités était de sensibiliser le grand public tout en valorisant le potentiel économique de nos cultures de rentes et incitant ainsi les Camerounais à modifier durablement leurs habitudes de consommation en se tournant vers la production locale.
Sur les étals, le pain de blé a cédé la place à des créations audacieuses parmi lesquelles du pain, des gâteaux et biscuits à base de farine de manioc, de patate douce, de plantain ou encore de macabo. Ces artisans boulangers, propulsés sous les projecteurs grâce au prestigieux concours Bernard Njonga, spécialisé dans la panification à base de farines locales, démontrent un savoir-faire technique impressionnant. Remplacer ou incorporer une proportion importante de farine locale dans la panification exige de maîtriser de nouveaux processus de fermentation et de cuisson, le manioc ou le plantain ne contenant pas de gluten, cette protéine qui donne son élasticité au pain traditionnel à base de blé. Derrière l’odeur alléchante des viennoiseries, se cache une réalité macroéconomique cruciale pour le Cameroun. En effet, la balance commerciale du pays subit depuis des décennies le poids massif des importations de blé, qui coûte chaque année entre 135 et 214 milliards de FCFA à l’État comme en 2024, selon l’Institut Nationale de la Statistique (INS). Face aux fluctuations des cours mondiaux et aux crises logistiques internationales, la promotion des farines locales s’impose comme solution d’avenir pour stabiliser l’économie nationale.
Cap sur l’industrialisation de la filière
En donnant une visibilité maximale à ses exposants et aux lauréats du concours Albert Njonga, le MINJEC et ses partenaires s’attaquent au principal frein de la filière qui est le déficit de notoriété. Le public camerounais, habitué depuis l’enfance au pain blanc de blé raffiné, découvre que les alternatives locales sont non seulement viables, mais prêtes à être intégrées dans la consommation de masse. « Consommer le pain de manioc ou de patate douce, c’est garder notre argent au pays. Chaque baguette de pain achetée ici est un soutien direct aux agriculteurs de nos bassins de productions ruraux, c’est de l’emploi décent, crée pour nos jeunes, de la richesse partagée et une bouffée d’oxygène pour nos réserves de devises », a expliqué, Lambert Mbarga, fonctionnaire.
Alors que l’évènement a fermé ses portes le 20 mai 2026, la question de la pérennisation de la filière est sur toutes les lèvres. De ce fait, les succès de foule rencontré au Musée National de Yaoundé du 13 au 20 mai 2026, prouve que le consommateur camerounais est mûr pour le changement. Cependant, pour que cette dynamique festive se transforme en une véritable industrie, les défis structurels restent de taille. Il faudra par exemple garantir un approvisionnement régulier des boulangeries en farines locales de qualité homogène, réduire les coûts de transformation mécanique et inciter les institutions financières à accompagner massivement ces jeunes entrepreneurs.
Par Arnaud Joseph Etoundi

