Sous-traitance: Les PME camerounaises à l’école des grands contrats

Réunis à Douala les 2 et 3 juin 2026, responsables d’entreprises, logisticiens et acheteurs ont participé à un séminaire de la BSTP-CMR pour apprendre à mieux gérer leurs fournisseurs, leurs stocks et leurs contrats.

Remporter un marché est une chose. Le mener à bien en est une autre. C’est autour de ce défi que s’est articulé le séminaire de formation sur la gestion de la sous-traitance et de la chaîne d’approvisionnement organisé les 2 et 3 juin 2026 à Douala par la Bourse de sous-traitance et de partenariat du Cameroun (BSTP-CMR). Pendant deux jours, responsables logistiques, acheteurs, directeurs d’opérations et chefs de projets ont confronté leurs expériences afin de mieux comprendre pourquoi certaines entreprises peinent encore à honorer leurs engagements malgré l’obtention de contrats.

Au cœur des échanges : les difficultés rencontrées par de nombreuses PME dans la gestion de leurs fournisseurs, de leurs stocks ou encore de leurs relations avec les donneurs d’ordres. Pour les organisateurs, ces faiblesses freinent l’accès des entreprises locales à des marchés plus structurés. « Nous sommes arrivés au constat que de nombreuses PME gagnent des marchés ou des contrats, mais éprouvent des difficultés à les réaliser », explique Evariste Yameni, directeur exécutif de la BSTP-CMR. Selon lui, la mauvaise maîtrise de la chaîne d’approvisionnement est souvent à l’origine des retards, des incompréhensions contractuelles et parfois même des pertes financières.

Dans une ville comme Douala, où transitent une grande partie des marchandises du pays, les conséquences d’une rupture de stock ou d’un retard de livraison peuvent rapidement se répercuter sur toute une série d’acteurs. Les entreprises sous-traitantes se retrouvent alors prises entre les exigences de leurs clients et les contraintes de leurs propres fournisseurs. Pour répondre à ces réalités, le séminaire a privilégié des situations concrètes inspirées du quotidien des entreprises. Les participants ont notamment travaillé sur des cas de clients mécontents, des pénuries de produits, des négociations en situation d’urgence ou encore des blocages logistiques. L’objectif était de leur fournir des outils directement applicables sur le terrain.

Parmi les participants, Jean Defo, de l’entreprise Wad and Def.Co.LTD, reconnaît que les difficultés naissent souvent d’un décalage entre les pratiques locales et les exigences des grands donneurs d’ordres. « Ici, on nous apprend et on nous rappelle quels sont les standards internationaux pour que nous, entreprises camerounaises, nous nous améliorions ». Il indique que, dans son secteur d’activité, les problèmes surviennent fréquemment lorsqu’un produit demandé dans un cahier de charges n’est plus disponible sur le marché. « Certaines entreprises choisissent alors un produit équivalent sans formaliser cette modification avec leur client. À la fin, lorsqu’il faut réceptionner, il y a des couacs parce qu’il n’y a aucune trace écrite ». Pour lui, la formation rappelle l’importance de documenter chaque changement afin d’éviter les différends.

Cette volonté de professionnalisation trouve également un écho auprès de Jabea Massoma Ekolo, chargée de communication chez Romac Distribution. Elle estime que les habitudes informelles continuent de freiner le développement de nombreuses structures. « Il faut être réglo dans nos transactions avec les donneurs d’ordre ». La participante dit avoir particulièrement apprécié le module consacré à la gestion des stocks. Une meilleure organisation des produits permet, selon elle, de répondre plus rapidement aux demandes des clients tout en améliorant l’image de l’entreprise. Au-delà de l’amélioration interne, plusieurs participants voient dans cette montée en compétence un moyen de conquérir de nouveaux marchés.

Certaines PME ambitionnent désormais de travailler avec de grandes entreprises ou des organisations internationales, dont les exigences en matière de qualité et de traçabilité sont particulièrement élevées. Pour la BSTP-CMR, la formation poursuit justement cet objectif : « Faire d’une chaîne d’approvisionnement bien structurée un levier de crédibilité, de performance et d’accès aux marchés structurants ».

Hélène Tientcheu

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