Socadel: 100 jours pour convaincre
À peine installée le 8 mai 2026 à Douala, la nouvelle direction de la Société camerounaise d’électricité (Socadel) fait face à une pression immédiate : améliorer le service, lutter contre la fraude et restaurer la confiance des usagers.
Les compteurs trafiqués, les coupures à répétition, les transformateurs en panne pendant plusieurs jours et les factures impayées : voilà l’héritage que la nouvelle direction de la Société camerounaise d’électricité (Socadel) devra affronter sans délai. Car pour le gouvernement, les trois prochains mois doivent marquer les premiers signes visibles du redressement du secteur électrique. Vendredi 8 mai à Douala, lors de la cérémonie de passation de service entre les anciens responsables d’Eneo et les nouveaux dirigeants de la Socadel, le message du gouvernement a été direct : le temps de l’observation est terminé. Place désormais à l’action.
« Dans les cent premiers jours à compter de votre prise de service, il sera question d’engager des actions fortes », a lancé le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba. Derrière cette feuille de route, un objectif clair : convaincre les populations que la reprise en main d’Eneo par l’État peut réellement changer leur quotidien. La pression est forte, car les attentes le sont tout autant. « Les populations, les opérateurs du secteur, les partenaires financiers nous regardent », a insisté le ministre. Depuis la transformation officielle d’Eneo en Socadel par décret du président de la République le 04 mai 2026, beaucoup attendent de voir si cette nouvelle page permettra enfin de réduire les coupures et d’améliorer la qualité du service.
Une brigade nationale chargée de traquer les fraudeurs
Pour la nouvelle direction conduite par Oumarou Hamandjoda, la priorité immédiate sera d’abord financière. Le gouvernement réclame un meilleur recouvrement des recettes et une réduction des pertes. « Tout le monde doit payer sa facture », a rappelé Gaston Eloundou Essomba, dans un ton ferme. La lutte contre la fraude apparaît ainsi comme l’un des principaux chantiers des cent jours. Des opérations de contrôle de jour comme de nuit sont annoncées dans les quartiers pour identifier les branchements illégaux et les manipulations de compteurs. Le gouvernement prévoit même la création d’une brigade nationale chargée de traquer les fraudeurs.
Mais les autorités visent aussi certaines complicités internes. « On ne peut pas être au service de l’État et travailler contre les intérêts de l’État », a averti le ministre en indiquant que désormais, les employés impliqués dans des pratiques frauduleuses risquent des sanctions disciplinaires et des poursuites devant les tribunaux. Au-delà de la chasse à la fraude, la Socadel veut surtout envoyer un signal rapide aux usagers : celui d’un service plus réactif. « Le gouvernement exige notamment une réduction des délais d’intervention en cas de panne. Pour le remplacement d’un transformateur défectueux, par exemple, le délai ne devra plus dépasser 72 heures après le signalement, aussi bien en ville qu’en zone rurale ».
L’amélioration du réseau fait également partie des urgences. La nouvelle direction devra accélérer le remplacement des vieux poteaux en bois, renforcer certains équipements surchargés et étendre les lignes électriques dans les zones encore mal desservies. Le gouvernement mise aussi sur les compteurs prépayés pour améliorer les finances de l’entreprise. « Cette solution doit permettre à la Socadel d’encaisser l’argent avant la consommation et de disposer plus rapidement de ressources pour assurer l’entretien du réseau ». Mais derrière ces mesures d’urgence, c’est toute la crédibilité de la renationalisation qui se joue. L’État veut prouver qu’il peut reprendre le contrôle d’un secteur stratégique tout en améliorant concrètement le quotidien des populations.
H.T

