SND30 : Performances en dessous des attentes
Selon le rapport d’évaluation à mi-parcours du ministère en charge de l’Economie, la mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement (SND30) connaît des retards sur plusieurs points.
« Les performances en dessous des attentes de la SND30 se traduisent par des écarts de plus en plus croissants entre les réalisations et les prévisions ». Ce constat est écrit dans le rapport d’évaluation à mi-parcours du ministère en charge de l’Economie (Minepat) au sujet de la mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement (SND30). Pour illustrer ce constat, le Minepat s’appuie sur plusieurs points. En commençant par le secteur de la croissance. En effet, lit-on, la SND30 a prévu que la transformation structurelle de l’économie camerounaise s’accompagnerait d’un taux de croissance annuel moyen de 8,1%. La dynamique annuelle étant caractérisée par un relèvement progressif de la croissance économique de 4% en 2020 à 10% en 2030.
Cependant, apprend-on, sur les cinq années 2020 à 2025, le taux de croissance est resté inférieur à 4%. Le taux de 3,7% qui avait été anticipé en 2024 a été connu une réalisation de 3,2% selon les données 2023 de l’Institut national de la statistique (INS). Les estimations du Fonds monétaire international (FMI) sont de 3,9% en 2024. Les comptes trimestriels de l’INS font quant à eux état des niveaux de croissance de 3,3% au premier trimestre, 3,7% au second trimestre et 3% au troisième. L’estimation de l’année 2024 basée sur les trois trimestres de l’année serait donc de 3,3% soit en dessous du taux de 3,9% prévu par le FMI. La croissance annuelle moyenne sur la période 2021-2024 est de 3,3% tandis que le taux de croissance sur la période est 3,7%.
Pour ce qui est des investissements, la SND30 prévoie un relèvement substantiel du taux d’investissement de 23,4% en 2021 à 29% en 2030. La dynamique du taux d’investissement est essentiellement portée par le secteur privé dont le taux devrait passer de 20% à 26% sur la période. Quant au taux d’investissement public, il est appelé à graviter autour d’une moyenne 3,1% sur la période de mise en œuvre. Par ailleurs son profil présente une tendance baissière sur la période 2026-2030, traduisant une volonté de croissance essentiellement impulsée par le secteur privé.
« Sur la période 2021-2030, le différentiel d’investissement est de 44 432 milliards, ce qui représente 50,4 % des besoins de financement de la SND30 qui s’élève 88 000 milliards. Ce constat invite à un meilleur affinement de la stratégie d’attrait des investissements de la SND30 », indique le rapport.
Recommandations
Le rapport d’évaluation relève que, les activités de suivi de la SND30 pour l’année 2024 ont permis de mettre en exergue quelques faits majeurs. En ce qui concerne le développement de l’industrie manufacturière, il a été noté que la part de la valeur ajoutée manufacturière ne connaît pas d’évolutions significatives. Au niveau du secteur rural, la productivité ne connaît pas de changement significatif. En ce qui concerne le développement des infrastructures, certains projets du Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) n’ont pas connu d’avancées significatives à l’instar : de la construction de l’usine d’engrais chimique ; la construction de nouvelles alumineries, le chemin de fer.
Aussi il convient le Minepat recommande d’accélérer la mise en route des projets tels que l’autoroute Douala-Yaoundé ; la construction du chemin de fer ; d’adresser les faiblesses liées à la pose de la fibre optique ; d’accélérer la mise en place de l’usine d’engrais chimique dans le cadre du P21 afin d’accroître la productive agricole ; suivre avec une attention particulière les projets miniers dont les premières productions sont attendues en 2027 ; redoubler de vigilance afin de mieux saisir les investissements directs étrangers et de rattraper le déficit en investissement en rapport aux prévisions ; au regard des bonnes performances du secteur bancaire rechercher les mécanismes permettant d’accroître l’offre de crédit, mettre en place une stratégie claire de rattrapage technologique.
Cette section reprend en grands traits quelques points d’attention qui sont apparus dans le cadre des revues sectorielles, ou lors des multiples séances de travail qui ont conduit à la préparation de ce rapport. Selon le rapport, il ne s’agit pas ici d’une nouvelle planification, mais d’éléments contextuels qu’il convient de mettre en exergue. Cette section est complétée à l’échelle ministérielle par une matrice de points d’attention obéissant à la même logique.
D’une manière générale, le rapport actuel met en évidence la résilience de l’économie camerounaise face aux différents chocs et crises multiformes successives, internes et exogènes, et dont leurs conséquences dans la durée entrainent un risque majeur de dérapage de la trajectoire d’émergence du pays à l’horizon 2035 ; Cependant le Cameroun doit en même temps faire face aux contraintes liées à la nécessité d’une discipline budgétaire forte, soutenu par le programme économique et financier au titre de la Facilité Elargie de Crédit (FEC) et du Mécanisme Elargi de Crédit (MEDC).
Dans un tel contexte, la dynamique de transformation qu’impose l’ambition d’émergence en 2035 et donc la SND30, doivent être menées dans une exigence d’efficience et d’optimisation encore plus forte. La coordination des efforts à différents niveaux est indispensable pour éviter les dispersions d’énergie et le risque de saupoudrage des ressources.
Des manquements
Le rapport souligne que malgré l’existence du cadre législatif et institutionnel, certaines difficultés rencontrées dans l’évaluation de la mise en œuvre des stratégies persistent notamment la disponibilité des indicateurs en particulier les indicateurs d’effets et d’impacts. En effet, les enquêtes permettant de produire ce type d’indicateurs se font à des intervalles de temps parfois irréguliers pour pouvoir mesurer les évolutions en temps opportun.
A titre d’illustration, le dernier Recensement General de la Population et de l’Habitat (RGPH) a été réalisé en 2005 et le quatrième RGPH est toujours en cours de préparation ; la dernière enquête Camerounaise auprès des Ménages (ECAM5) a été réalisée en 2021, 7 ans après ECAM4 (2014) et les résultats n’ont été publiés qu’en 2024 ; la dernière Enquête sur l’Emploi et le Secteur Informel (EESI3) qui permet de produire les indicateurs sur l’emploi et le chômage a été réalisée en 2021, 10 ans après EESI2 (2010) ; l’Enquête Démographique et de Santé (EDS5) a été réalisée en 2018, 7 ans après ECAM4 réalisée en 2011. En outre, les résultats des enquêtes réalisées sont publiés tardivement parfois après plusieurs années.
Par ailleurs, les administrations n’ont pas pris, pour la plupart, les dispositions nécessaires pour produire des estimations sur ces indicateurs, entre deux enquêtes. Elles ne réalisent pratiquement jamais des enquêtes sur la satisfaction des usagers des services publics.
Maixent Fegue

