Sécurité alimentaire: Le sorgho s’enracine dans la région de l’Est

La station polyvalente de recherche agricole (SPRA) de Bertoua a déployé 25 hectares de parcelles semencières de sorgho, faisant ainsi de cette culture un levier stratégique pour la souveraineté alimentaire et la résilience face aux aléas climatiques.

Jamais l’avenir alimentaire du Cameroun n’a semblé aussi dépendre de quelques hectares de terre et d’un travail de recherche méticuleux. C’est pourtant ce pari audacieux que relève l’Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD) à Beroua dans la région de l’Est, où le sorgho, céréale traditionnelle des régions septentrionales, prend racine loin de ses zones historiques. Face aux aléas climatiques et à l’insécurité alimentaire, cette initiative illustre comment science et innovation peuvent sécuriser le futur nutritionnel du pays.

Depuis le 22 août 2025, la Station polyvalente de recherche agricole (SPRA) de Bertoua a déployé 25 hectares de parcelles semencières de sorgho, réunissant sept variétés soigneusement sélectionnées pour leur rendement et leur adaptation aux conditions locales. Aujourd’hui, ces parcelles offrent leurs premières panicules, promettant une récolte d’environ 100 tonnes de semences de base, soit une moyenne de quatre tonnes par hectare. Selon le Dr Augustin Mewounko, chercheur à la station, « ces 100 tonnes permettront d’ensemencer 5 000 hectares et de produire près de 20 000 tonnes de semences certifiées », un effet multiplicateur qui pourrait transformer la filière sur l’ensemble du territoire.

Cette opération s’inscrit pleinement dans la dynamique du Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH), lancé en 2024 par le président Paul Biya. L’objectif est double : renforcer la souveraineté alimentaire en réduisant la dépendance aux importations et sécuriser le matériel génétique dans un contexte où les zones traditionnelles de culture, notamment l’Extrême-Nord et le Nord, subissent de plus en plus les aléas climatiques et les menaces de contamination.

Ici, la diversité des variétés cultivées permet d’anticiper différents usages et besoins. Les variétés blanches S35, Niathitiana et CS34 mûrissent en 90 jours et produisent en moyenne quatre tonnes par hectare. Très prisées dans le Nord, elles servent à la préparation de bouillies, couscous, beignets et autres produits alimentaires locaux. Les variétés rouges – Zouaye, Damougari, F4DT298 et Séguifa – présentent un cycle de 110 jours et produisent en moyenne 3,5 tonnes par hectare. Elles résistent mieux aux oiseaux granivores et sont idéales pour la fabrication du « bili-bili », boisson traditionnelle du Grand-Nord. Certaines variétés comme F4DT298, Niathitiana ou Séguifa possèdent un double usage, nourrissant humains et animaux et suscitant l’intérêt de l’industrie brassicole.

La cheffe de station, Dr Sylvie Carole Ntyam Epse Ondo, encourage l’appropriation de la culture du sorgho par les populations locales : « Le sorgho présente des avantages nutritionnels et économiques significatifs. Il est crucial que les agriculteurs de l’Est se l’approprient pour renforcer leur sécurité alimentaire », souligne-t-elle. Cette diversification géographique de la production répond à un besoin urgent, car l’isolement des parcelles semencières dans le Nord devient de plus en plus complexe en raison des changements climatiques et de la pression foncière.

Ngamboula, à Bertoua offre des conditions idéales pour cette expérimentation : pluviométrie abondante, températures favorables et quasi-absence de cultures de sorgho, ce qui limite les risques de contamination et fait de la zone une véritable « banque vivante » pour le germoplasme national. À terme, cette initiative pourrait transformer la filière sorgho, améliorer la disponibilité locale de semences de qualité et contribuer à la stabilité nutritionnelle et économique du pays.

Par Julien Efila

 

 

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