SAGO 2026: La SIC prône la doctrine de la résilience urbaine

Avec un déficit national estimé à près de 3,5 millions de logements et un taux d’urbanisation galopant, le Cameroun doit réinventer son modèle urbain, d’où le plaidoyer du Directeur général de la Société Immobilière du Cameroun (SIC), qui agit pour une transition urgente vers des constructions durables et résilientes, capables de résister aux dérèglements climatiques qui frappent le pays. 

Le Cameroun traverse aujourd’hui une crise urbaine et le pays fait face à un double défi majeur qui menace son équilibre social et économique qui est de loger une population en pleine croissance, tout en résistant aux assauts de plus en plus violents du dérèglement climatique. À l’ouverture officielle le 08 juin 2026 de la 15e édition du Salon de l’Action Gouvernementale (SAGO) à l’esplanade de l’Hôtel de ville de Yaoundé, le Dr Ahmadou Sardaouna, Directeur Général de la Société Immobilière du Cameroun (SIC), a tiré la sonnette d’alarme devant un parterre d’experts et de décideurs politiques. Le constat officiel fait étalage d’un déficit national en logements désormais évalué à 2,5 millions d’unités par le Ministère de l’Habitat et du Développement Urbain (MINHDU). Certaines estimations indépendantes portent même ce chiffre alarmant à 3,5 millions de foyers manquants à travers le territoire national.

Face à cette situation, d’extrême urgence, un consensus fort se dégage, celui de construire de simples bâtiments ne suffit plus, il faut réinventer totalement le modèle constructif camerounais. À noter que la pression démographique dans les grandes villes du pays est devenue immense au fil des années puisqu’aujourd’hui, plus de 55% de la population globale vit déjà en milieu urbain. Pourtant, les projections démographiques indiquent que ce taux devrait franchir la barre critique des 65% à l’horizon 2040. Cette ruée massive vers les centres urbains sature les infrastructures existantes et pousse malheureusement les populations les plus vulnérables à s’installer dans des zones à hauts risques, souvent non constructibles et exposées aux intempéries. En parallèle, le changement climatique est une réalité destructrice immédiate, car les évènements climatiques extrêmes de 2024 restent gravés dans les mémoires comme un avertissement tragique. Dans la vaste région de l’Extrême-Nord, des inondations massives ont affecté plus de 459 000 personnes et détruit entièrement plus de 56 000 habitations. Ces ravages ont été provoqués par une pluviométrie exceptionnelle, supérieure de 125% à la normale saisonnière habituelle. Des quartiers entiers ont été rayés de la carte en quelques jours, laissant des milliers de familles sans abri et plongeant la région dans une détresse humanitaire profonde.

Face à ce constat, le SAGO 2026 marque le point de départ d’une transition nécessaire pour les bras séculiers de l’État en matière d’habitat. La SIC, sous l’impulsion de sa direction générale, plaide pour l’abandon de la seule logique quantitative au profit d’une approche centrée sur la durabilité et l’adaptation. Cette mutation passe d’abord par une révision rigoureuse de l’aménagement du territoire, où les plans d’occupation des sols doivent être appliqués avec fermeté pour libérer les zones de précarité environnementales. Il s’agit ensuite d’amorcer une véritable révolution technique dans les procédés de construction. L’accent doit être mis sur l’architecture bioclimatique, capable de réguler naturellement les températures face aux vagues de chaleur et sur l’utilisation de matériaux locaux stabilisés, comme les blocs de terre cuite (BTC), qui offrent une meilleure résistance mécanique tout en réduisant l’empreinte carbone du secteur. En somme, le défi qui se dresse devant le Cameroun est immense, car il impose de concilier la rareté des ressources financières publiques avec l’augmentation des coûts liés aux exigences de la construction durable. Mais les chiffres rappelés au 15e SAGO 2026 par le DG de la SIC, montrent que, pour que les villes camerounaises de 2040 restent vivables, la résilience doit devenir le premier critère de chaque brique posée sur le territoire national.

Par Arnaud Joseph Etoundi

 

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