Riz : Le marché camerounais sous la dépendance des importations
Malgré les efforts fournis par les producteurs locaux pour satisfaire la demande des consommateurs en riz, la chaine de production de cette denrée alimentaire reste insuffisante, poussant le pays aux importations.
La comparaison faite entre les capacités de production locales et les volumes d’importations en riz laisse entrevoir la fragilisation de cette filière au Cameroun. Cette fragilisation crée ainsi un déséquilibre sur la balance commerciale, mettant en péril l’autosuffisance alimentaire. Cependant, l’écart s’est récemment accentué, notamment avec la demande sans cesse croissante du marché de consommation en riz. En 2023 déjà, le déficit à combler était de 495 411 tonnes, une demande qui a augmenté en 2024, pour atteindre environ 648 085 tonnes.
Nonobstant les efforts mobilisés par les producteurs, l’offre locale n’a pu fournir qu’une partie de ce besoin en céréale estimé en 2024 à 140 710 tonnes pour résorber ce problème et laissant le Cameroun dans un besoin d’importation de 500 000 tonnes. En effet, l’achat massif du riz à l’étranger a un coût sur les dépenses publiques et sur la stabilité financière du pays, surtout que les dépenses en importation de céréales aient connu une baisse de 27% en 2023, avec une facture de riz établie à 200.8 milliards de FCFA et en recul de 24 % par rapport à l’année précédente.
Objectifs nationaux de production
Le Cameroun ambitionne d’augmenter sa production de riz, passant de 140 710 tonnes à 460 000 tonnes entre 2024 et 2027. De ce fait, le pays prévoit de tripler sa production de riz en quatre ans, à en croire les informations exposées dans le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2025-2027, élaboré par le ministère des Finances. Toutefois, en cas d’atteinte de ces objectifs, le gouvernement aura franchi un pas décisif de porter la production nationale de riz à 750 000 tonnes d’ici 2030. D’après les sources officielles, ce volume de production permettrait de ramener le taux d’autosuffisance en riz à 97%, conformément aux prévisions de la stratégie de développement de cette filière, assortie d’un budget de 385 milliards de FCFA, telle qu’adoptée le 16 mai 2023.
Ces efforts de relance se manifestent par l’injection des ressources dans ce secteur, l’octroi des subventions pour l’achat d’intrants et l’appui aux organisations de producteurs. Malgré cela, les filières locales se heurtent à la compétitivité du prix importé, parfois moins coûteux en raison d’économie d’échelle et de chaînes d’approvisionnement améliorées. Notons également que l’obligation faite à certains opérateurs d’importer de grosses quantités de riz à l’exemple des 150 000 tonnes importées en 2023 pour assurer l’approvisionnement immédiat, complique la tâche aux producteurs locaux qui doivent faire face à cette concurrence venue de l’extérieur.
L’on observe tout de même que, malgré l’ambition du Cameroun à tripler sa production nationale de riz d’ici 2027, l’offre restera inférieure à la demande, contraignant le pays à maintenir ses importations. Les données du ministère de l’Agriculture, renseignent que la demande en riz qui augmente chaque année, était déjà estimée à 576 949 tonnes en 2020. En comparaison avec les 460 000 tonnes projetées pour 2027, il restera un déficit d’au moins 110 000 tonnes à combler par des importations, dont le coût aura un impact sur la balance commerciale du pays.
En somme, l’Institut Nationale de la Statistique (INS), révèle dans son rapport sur l’évolution du commerce extérieur du Cameroun que le pays a dépensé 543,6 milliards de F CFA en 2024 pour importer 2,11 millions de tonnes de céréales, contre 387,6 milliards de F CFA et 1,55 million de tonnes en 2023.
Par Arnaud Joseph Etoundi

