Richard Evina Obam: « La Cdec se positionne comme un levier financier stratégique »

Dans un entretien exclusif accordé à « Expression économique », le Directeur général de la Caisse des Dépôts et consignations (CDEC) revient sur les actions engagées par l’institution publique en mobilisant et en sécurisant les avoirs en déshérences dans l’optique de participer à la croissance économique du pays.

Monsieur le Directeur Général, la CDEC a été reconnue comme meilleur investisseur institutionnel en 2025 après avoir mobilisé près de 60 milliards FCFA sur le marché des titres publics. Concrètement, que signifie cette distinction et pourquoi est-elle importante pour les citoyens ?

La reconnaissance de la CDEC comme meilleur investisseur institutionnel en 2025, après avoir placé près de 60 milliards FCFA sur le marché des titres publics, est une distinction qui témoigne de notre engagement à contribuer activement au développement économique du Cameroun.

Concrètement, cette distinction signifie que nous avons su mobiliser efficacement des ressources pour soutenir des projets publics, tout en offrant des opportunités d’investissement sécurisées et rentables. Ainsi, nous participons à réduire le coût du financement de l’État, en permettant aux pouvoirs publics d’accéder à des fonds à des conditions avantageuses, tout en évitant la thésaurisation des ressources, en les plaçant de manière stratégique avec la garantie de leur disponibilité à première demande.

Cette distinction semble importante pour le citoyen, puisqu’elle sonne comme un gage de confiance et de transparence dans la gestion des ressources publiques. Elle permet à la CDEC de jouer un rôle clé dans le financement des infrastructures et des projets sociaux, qui bénéficient directement aux populations. En contribuant à réduire le coût du financement de l’État, nous favorisons également une meilleure allocation des ressources publiques, ce qui se traduit par des services améliorés et un développement économique durable.

En somme, cette reconnaissance n’est pas seulement un honneur pour la CDEC, mais aussi une preuve tangible de notre capacité à agir comme un acteur majeur du développement national, au service des citoyens et de l’économie camerounaise.

Pour beaucoup de Camerounais, le rôle de la CDEC reste encore peu connu. Pouvez-vous expliquer simplement ce qu’est la CDEC, d’où proviennent les ressources qu’elle gère et à quoi elles servent ?

La Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC) est un établissement public de type particulier, créé par la loi du 14 avril 2008 et organisé par le décret du Président de la République du 15 avril 2011. Elle est chargée du service public national des dépôts et consignations, une mission essentielle pour garantir la sécurité et la gestion efficace des fonds publics et privés confiés à l’État. En d’autres termes, la CDEC reçoit et gère un certain nombre de ressources qui lui sont dévolues pour conservation et restitution à première demande. Parmi ces ressources, nous avons entre autres, les cautions des marchés publics, les fonds des greffes, les cautionnements des comptables publics, les émoluments affectés aux tribunaux, les fonds rendus indisponibles du fait d’une procédure judiciaire, les fonds provenant des successions, les fonds issus des comptes inactifs des établissements de crédit, etc.

Ces ressources sont gérées de manière rigoureuse et transparente pour générer des produits financiers (intérêts et revenus) qui sont ensuite affectés au financement des politiques publiques et de l’intérêt général.

Comme vous le savez, il est de plus en plus difficile de mobiliser des financements de long terme, indispensables pour des projets structurants ou des infrastructures d’envergure. La CDEC entend relever ce défi en investissant dans ces projets, contribuant ainsi à améliorer les conditions de vie des populations camerounaises.

En cela, la CDEC s’inspire des modèles réussis d’autres institutions similaires dans le monde, comme la Caisse des Dépôts française (CDC-France), la Caisse de Dépôt et de Gestion marocaine (CDG), ou encore les caisses des dépôts italiennes, béninoises, ivoirienne et sénégalaises. Ces institutions jouent un rôle clé dans le développement économique et social de leurs pays, et la CDEC aspire à faire de même pour le Cameroun.

Nous pouvons ainsi dire que la CDEC est bien plus qu’un simple gestionnaire de fonds ; elle est un acteur stratégique du développement national, œuvrant pour le bien-être des citoyens et la croissance durable de l’économie camerounaise.

Lorsque la CDEC investit massivement dans les titres publics, quel impact cela peut-il avoir sur l’économie nationale et, indirectement, sur la vie quotidienne des populations ?

Votre question trouve sa réponse dans la théorie de macroéconomie appelé « circuit économique ».

Ce qu’il faut savoir c’est que lorsque la CDEC investit dans les titres publics, cela permet tout d’abord de valoriser la ressource qu’elle détient en générant des produits qui devraient lui permettre de s’autonomiser tout en constituant ses fonds propres. Par la suite, ces placements qui ne sont pas des prêts directs à l’Etat, car étant dénués de toute convention bilatérale et effectués sur le marché des valeurs du Trésor, permettent aussi de contribuer indirectement au financement du budget de l’Etat qui in fine réinjecte la ressource mobilisée dans le circuit économique, puisqu’elle lui permet de régler ses fournisseurs qui sont constitués en majorité d’entreprises camerounaises.

En définitive, l’on peut dire sans risque de se tromper que la CDEC finance elle aussi le secteur réel de l’économie nationale et indirectement influe sur la vie quotidienne des populations.

Toutefois, la CDEC est confrontée à l’incivisme d’une petite poignée de banques qui freinent de quatre fers, le transfert obligatoire des fonds et qui retardent l’opérationnalisation d’un important outil de financement du développement national. C’est cette rétention indue qui retarde l’intervention de la CDEC dans des projets qui devraient à coup sûr impacter davantage la vie quotidienne de nos populations.

Mais je réitère ce que les dirigeants de ces banques inciviques savent. La CDEC recouvrira par tous les moyens légaux ces ressources et ces dirigeants subiront la rigueur de la Justice, malgré la COBAC derrière laquelle ils croient se réfugier ou l’APECCAM qu’ils utilisent.

Cette performance place la CDEC parmi les acteurs majeurs du marché financier camerounais. Quelles sont vos priorités pour les prochaines années et quels types de projets ou de secteurs souhaitez-vous soutenir ?

Conformément à ses textes organiques, la CDEC agit dans le cadre des orientations définies par le Gouvernement en matière de financement du développement. Notre mission première reste la sécurisation et la mobilisation optimale des ressources qui nous sont confiées, afin de garantir leur disponibilité tout en générant des revenus au profit de l’intérêt général.

Cela dit, des réflexions sont en cours pour identifier des projets structurants et à fort impact socio-économique, susceptibles d’être soumis à l’appréciation des autorités publiques. Ces projets pourraient concerner entre autres les infrastructures de base, le logement social, l’urbanisation durable et l’appui aux PME et à l’entrepreneuriat jeune et féminin tel que l’a souhaité le CHEF DE L’ETAT dans ses différents discours de fin d’année ainsi qu’à la jeunesse.

Toutefois, il serait prématuré de détailler ces pistes à ce stade, car elles doivent d’abord faire l’objet d’une validation institutionnelle. Notre approche reste rigoureuse, concertée et alignée sur la vision du Gouvernement, afin d’assurer que chaque investissement serve réellement le développement du Cameroun.

En résumé, si la CDEC se positionne comme un levier financier stratégique, son action s’inscrit dans une logique de complémentarité avec les politiques publiques, en veillant toujours à l’équilibre entre rentabilité, sécurité et impact collectif.

Avec cette soixantaine de milliards placés sur les titres publics, certains disent que la CDEC « arrache » l’argent des banques pour faire ce que font les banques. Que répondez-vous à ceux-là ?

Je leur dirais d’abord que les fonds que les banques transfèrent à la CDEC ne sont pas « l’argent des banques », c’est plutôt l’argent de l’Etat que les banques prêtaient à l’Etat, ce qui est ubuesque comme situation !

Maintenant que l’Etat souverain du Cameroun a opérationnalisé sa Caisse des Dépôts et Consignations, tous ceux qui entretenaient et profitaient de cette situation ubuesque sur le dos de l’Etat, essayent de manœuvrer et de manipuler l’opinion.

Ensuite, la plupart des banques semblent privilégier ces titres publics, au regard du stock important desdits actifs dans leurs différents bilans et du non-respect par la majorité d’entre elles du ratio prudentiel COBAC de concentration par contrepartie qu’elles dépassent largement, en délaissant malheureusement le financement des entrepreneurs et des PME. Des sonnettes d’alarmes commencent à se faire entendre et la réforme matérialisée par la CDEC vise à bousculer ces mauvaises pratiques.

Enfin, les banques auxquelles vous faites allusion devraient voir en la CDEC un partenaire complémentaire et non un compétiteur. Certaines banques l’ont compris et des partenariats gagnant-gagnant sont en place et leur permet notamment de se voir confier des ressources importantes de la CDEC.

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