Rétrospective: Quand les telcos s’insurgeaient contre la taxe
En 2020, lorsque le nouveau système de collecte numérique des droits de douanes sur les téléphones portables et les tablettes est lancé, les entreprises de téléphonies mobiles vont freiner des quatre fers. Et pour cause, elles n’étaient pas du Cameroun pas connectées à la plateforme technique qui porte la solution de collecte, développée par Arintech. C’était une entité encore inconnue jusqu’à la récente révélation de son nom par les autorités. Cette connexion était pourtant indispensable. Car, pour fonctionner, le système avait besoin d’être relié aux bases de données de tous les opérateurs de téléphonie du pays. En plus, ce sont ces sociétés qui devaient désormais collecter ces taxes et de les reverser mensuellement aux services des douanes.
« Nous ne pouvons pas nous connecter. Car, nous n’avons même pas encore signé un contrat avec l’État », indiquait-on au sein du top management de plusieurs opérateurs des télécoms approchés. L’Association des opérateurs concessionnaires de téléphonie mobile au Cameroun (AOCTM), que présidait le directeur général d’Orange Cameroun, Frédéric Debord était le chef de file de ceux qui portaient des griefs contre le dispositif de collecte numérique des droits de douane sur les téléphones et tablettes.
Parmi les problèmes qui restaient sans solution, il y avait la complexité des téléphones à multiple SIM, les prélèvements sur les tablettes qui se connectent au réseau sans avoir besoin d’une carte SIM, l’absence de mercuriale… Aujourd’hui, de nombreux téléphones fonctionnent de manière simultanée avec deux ou trois cartes SIM. « Comment pourra-t-on détecter que les IMEI (International Mobile Equipment Identity) de l’appareil dual SIM appartiennent au même téléphone et éviter à l’usager des paiements multiples pour le même téléphone ? Lorsque le téléphone à SIM multiple se connectera chez des opérateurs différents à travers chacune de ses SIM, lequel de ces opérateurs devrait prélever la taxe ? », s’interrogeait un autre responsable. Ce dernier craignait d’ailleurs que la paix sociale autour de l’industrie de la téléphonie mobile soit troublée, à cause de ce dispositif de collecte des droits de douane potentiellement conflictogène.
Griefs
Face à ces griefs, Paul Zambo, le président directeur général (PDG) d’Arintech, mandataire de l’État dans le développement du nouveau dispositif de collecte des droits de douane sur les téléphones portables et les tablettes, avait du mal à se défendre. Dans un premier temps, il a déclaré que sa plateforme « rassemble (devrait rassembler, devrait-il dire, NDLR) toutes les données de tous les opérateurs téléphoniques au Cameroun » et utiliserait un « système de triangulation très efficace » pour résoudre les problèmes de type téléphones à multiple SIM ou de dédoublement des IMEI.
Invité de l’émission « Scène de presse » sur la télévision gouvernementale CRTV, le 11 octobre 2020, ce dernier a néanmoins avoué que cette technologie n’est pas sûre à 100%. l a, par ailleurs, eu de la peine à décliner clairement quel type de données seront utiles pour faire fonctionner son application. Sur la sécurisation et la confidentialité des données personnelles, le promoteur d’Arintech a donné pour seule garantie « le respect du cahier de charges » que lui a fixé l’État, renforçant ainsi toutes les réserves que certains opérateurs ont de sa plateforme et de son entreprise, dont les états de service ne sont visibles nulle part.
M.F.

