Remaniement ministériel : Primature, le casse-tête de Paul Biya
Alors que la nouvelle équipe gouvernementale annoncée par le chef de l’État lors de son discours du 31 décembre dernier serait déjà ficelée, la désignation du futur premier ministre continue de concentrer toutes les hésitations au sommet de l’État.
Selon des sources concordantes proches du sérail, le remaniement ministériel tant attendu ne relèverait plus que d’une question de timing. Les arbitrages sectoriels seraient actés, les équilibres régionaux globalement respectés, et les principaux portefeuilles déjà attribués. Pourtant, à en croire nos informations, un point majeur continue de faire l’objet de débats intenses : la primature. C’est là que se situerait le véritable casse-tête du chef de l’État, partagé entre diverses considérations.
Sauf changement de dernière minute, indique notre source, le nom qui revient avec insistance pour conduire la nouvelle équipe gouvernementale est celui de Paul Elum Che, actuel ministre secrétaire général adjoint de la présidence de la République (SGPR). Originaire de la région du Sud-Ouest, il aurait pris l’ascendant sur d’autres personnalités pressenties.
Cependant, le nom de Paul Elum Che ne fait pas l’unanimité au sommet de l’État. Selon nos informations, il serait en froid avec le secrétaire général de la présidence de la République (SGPR), Ferdinand Ngoh Ngoh, qui, lui, préférerait des profils jugés plus consensuels et modérés, à l’instar de Paul Tassong, l’actuel ministre auprès du ministre de l’Économie depuis mars 2017 ou encore d’Elvis Ngolle Ngolle, ancien ministre des Forêts et de la Faune, également originaires du Sud-Ouest.
Ces derniers sont présentés comme des hommes de dialogue, là où Paul Elum Che traîne une réputation d’homme au caractère impulsif. Plusieurs canaux de renseignement évoquent notamment des tensions récurrentes avec certains collaborateurs lorsqu’il officiait au ministère des Finances, des épisodes aujourd’hui exhumés pour nourrir le débat. Cette question du tempérament n’est pas anodine, car de mémoire, tous les chefs du gouvernement, depuis Peter Mafany Musonge, ont été perçus comme des profils mesurés. Une tradition tacite que certains au sein du pouvoir hésitent à bousculer.
Nord-Ouest
Mais le Sud-Ouest, bien que riche en prétendants crédibles, n’est pas la seule à revendiquer la primature. D’aucuns estiment qu’un retour d’ascenseur en faveur du Nord-Ouest serait politiquement opportun, voire stratégique. Cette région, qui paye le plus lourd tribut de la crise anglophone, pourrait voir dans cette nomination un signal fort d’apaisement et de reconnaissance.
Dans cette optique, la désignation d’un premier ministre natif du Nord-Ouest contribuerait à renforcer le discours de réconciliation nationale. Et dans cette équation complexe, Paul Atanga Nji pourrait, malgré son caractère jugé lui aussi impulsif, offrir au chef de l’État une alternative régionale crédible.
En misant sur lui, Paul Biya pourrait répondre aux attentes de la région. Ce, d’autant plus qu’on murmure dans les arcanes du pouvoir que le SGPR pousserait en faveur de l’actuel ministre de l’Administration territoriale, tout comme de Paul Tassong et Elvis Ngolle Ngolle.
Mais le dernier mot revient au président de la République, qui peut encore choisir de « surfer » sur la vague de la continuité en maintenant en poste Joseph Dion Nguté, qu’il aurait reçu pendant de longues heures en début de semaine.
À Yaoundé, une chose est sûre : tant que la primature ne sera pas tranchée, le remaniement restera suspendu au silence présidentiel.


