Relance économique: Le pari de 60 000 milliards de Bello Bouba
Le candidat de l’UNDP entend mobiliser cette somme en sept ans pour impulser une transformation économique sans précédent au Cameroun, mais la faisabilité d’un tel pari sur les seules ressources internes interroge.
Peut-on bâtir une révolution économique avec dix fois le budget annuel de l’État ? C’est le pari pour le moins spectaculaire que prend Bello Bouba Maïgari, candidat de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP), si au soir du 12 octobre il est porté à la magistrature suprême par les Camerounais. À l’occasion d’une conférence de presse, le 8 août dernier à Yaoundé, l’ancien ministre a dévoilé les grandes lignes d’un programme économique chiffré à 60 000 milliards FCFA sur sept ans. Un chiffre qui fait tourner les têtes et froncer les sourcils.
Cette enveloppe, qu’il promet de tirer « essentiellement de ressources internes », serait injectée dans quatre grands secteurs : la croissance, les infrastructures, le capital humain et la gouvernance. « Ce plan de redressement vise une transformation structurelle de l’économie nationale et une croissance soutenue à deux chiffres », a-t-il indiqué.
Son ambition est donc claire : relancer une machine économique souvent critiquée pour sa faible diversification, sa dépendance aux matières premières et ses taux de croissance insuffisants pour absorber une démographie galopante. Le programme de Bello Bouba table ainsi sur une création massive d’emplois, censée entraîner mécaniquement une amélioration des conditions de vie, une réduction des inégalités et un renforcement de la classe moyenne.
Mais c’est surtout sur les infrastructures que le candidat veut frapper fort. Il annonce un vaste chantier national incluant la construction de routes, la réhabilitation du réseau existant, ainsi que l’accès universel à l’eau potable et à l’électricité. « L’industrialisation du Cameroun passera nécessairement par un tissu d’infrastructures digne de ce nom », affirme-t-il, en écho à sa longue expérience au ministère des Transports.
Autre pilier : le capital humain. Ici, le candidat de l’UNDP promet d’investir massivement dans les systèmes de santé et d’éducation, en insistant sur leur adaptation aux besoins du marché de l’emploi et à l’ère numérique. Il veut également moderniser les outils de formation professionnelle et miser sur les nouvelles technologies comme leviers de croissance inclusive.
Quant à la gouvernance, le programme prend des allures de rupture avec le système actuel : fin de la complaisance envers la corruption, audit des structures inefficaces, rationalisation des dépenses publiques et réforme des institutions. « L’efficacité de l’administration conditionne le succès de toute politique économique ambitieuse », insiste-t-il.
Toutefois, si le discours se veut inspirant, le chiffrage, lui, reste la principale source d’interrogation. 60 000 milliards DE FCFA, soit plus de 10 fois le budget annuel actuel du Cameroun, représentent un niveau d’investissement inédit dans l’histoire du pays. Où trouver une telle somme, surtout si elle doit venir de l’intérieur ? Le candidat évoque une réforme fiscale en profondeur, une meilleure mobilisation des recettes non fiscales, la rationalisation des dépenses publiques et une lutte acharnée contre les fuites de capitaux. Mais sans détails concrets sur les mécanismes ou les échéanciers.
Pour de nombreux économistes, un tel projet nécessiterait non seulement une gouvernance irréprochable, mais aussi un environnement macroéconomique radicalement transformé. « Même en supposant une meilleure mobilisation des ressources internes, cela suppose une croissance explosive des revenus de l’État et une stabilité politique sans faille. Ce sont des conditions loin d’être acquises », note un analyste financier à Douala.
Par Julien Efila

