Recensement 2026: Un montant initial divisé par 5 pour quel résultat ?
Initialement évalué à un coût global de 64 milliards Fcfa, le montant finalement disponible dédié à la 4e opération de comptage de la population camerounaise sera de 13,28 milliards Fcfa, pour un démarrage effectif des opérations fixé au premier trimestre 2026.
Le Cameroun lancera son 4ème Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) au premier trimestre 2026. Cette opération qui sera couplée à un recensement de l’agriculture et de l’élevage, vise à collecter des données fiables pour l’élaboration des plans de développement et des politiques économiques. Seulement, passée l’euphorie de l’effet d’annonce, un malaise diffus s’est emparé des instances en charge de la collecte des fonds alloués aux opérations de comptage. En effet, l’opération de recensement validée à l’issue des travaux du comité interministériel d’examen des programmes (CIEP) clôturé le 10 juin 2025 à Yaoundé, sous la présidence du Premier ministre Joseph Dion Ngute.
L’opération sera finalement financée à hauteur de 13,28 milliards de Fcfa, au lieu des 64 milliards Fcfa initialement prévus. La Banque mondiale apportera 07 milliards via son programme régional d’harmonisation des statistiques en Afrique, le reste, soit 6,2 milliards, sera pris en charge par le gouvernement. Dix ans après l’instruction présidentielle ayant acté son lancement, le Cameroun entend donc finaliser son 4e recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) au cours du triennat 2026-2028, qui constitue un outil central de pilotage des politiques publiques, de facto une priorité nationale, selon les termes du Ciep.
L’opération statistique confiée au Bureau central des recensements et des études de la population (Bucrep) a déjà franchi les principales étapes préparatoires. En 2024, le ministre de l’économie du plan et de l’aménagement du territoire (Minepat) avait indiqué que la cartographie censitaire est achevée, le recensement pilote mené, les documents techniques finalisés et les encadreurs formés. Les prochaines phases incluent les sélections et la formation de près de 40 000 agents recenseurs, le déploiement d’une campagne nationale de communication et enfin le démarrage du dénombrement effectif.
40 000 agents recenseurs
Paul Tasong, ministre délégué auprès du Minepat, a assuré que l’enveloppe était déjà sécurisée. « Tout est bouclé, les besoins sont connus, les sources de financements identifiées. Il est juste question de procédures de décaissement ». Le recensement en cours a vocation à fournir une cartographie complète des populations et de leurs moyens de subsistance. Après un recensement pilote mené en 2023 pour tester les outils de collecte, les autorités annoncent la mise en place d’enquêtes de vérification pour corriger les doublons et les omissions.
Mais au-delà des effets d’annonce officielle, des questionnements. Le recensement avait été institué dès 2015 par décret présidentiel, avec un budget évalué à 64 milliards de Fcfa. En mars 2024, le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, déclarait encore qu’une enveloppe de 42 milliards avait déjà été mobilisée et qu’il restait à réunir 22 milliards supplémentaires. Or, moins de deux ans plus tard, le gouvernement parle d’un financement total divisé par près de cinq, sans explication claire. Cette réduction drastique soulève des doutes quant à l’ampleur réelle du déploiement et la qualité des données qui seront collectées.
Les autorités invoquent les crises sécuritaires dans l’Extrême-Nord, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, ainsi que les difficultés budgétaires pour justifier à priori d’éventuelles insuffisances. Sans pour autant déteindre sur le caractère impératif d’une opération qui visent à actualiser les projections démographiques actuelles, devenues obsolètes, basées sur le recensement de 2005 qui chiffraient la population à 20 millions d’habitants. Autant le dire : la tenue ou non de ce recensement conditionne à la fois la planification économique et l’équilibre politique du pays.
Evariste Menounga

