Réactions de Daniel Claude Abate : «Les économies de la Cemac sont sous des nuages menaçants»
Réagissant sur BBC Afrique à l’issue du sommet de la Cemac du 22 janvier 2026 à Brazzaville, le vice-président du Haut Conseil des affaires de l’Afrique centrale alerte sur un risque de dévaluation et de fragilisation du système financier si des mesures urgentes ne sont pas rapidement appliquées.
Les milieux d’affaires et les marchés (de la région) ont en effet craint, à l’annonce de ce sommet des Chefs d’Etats et de Gouvernements de la Cemac, qu’il aboutisse à une dévaluation tant redoutée du FCFA aux conséquences socio-économiques dévastatrices et imprévisibles au plan politique. La Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) a d’ailleurs dû sortir de sa réserve pour rassurer les opinions et tempérer la fébrilité grandissante des marchés et des opérateurs économiques. On peut donc pousser un ouf de soulagement à la lecture du communiqué final qui a sanctionné les travaux de la conférence des Chefs d’Etats et de Gouvernements tenue ce 22 janvier à Brazzaville car aucune des résolutions adoptées n’invoque un réajustement du FCFA vis à vis de l’euro. Du moins dans l’immédiat.
Toutefois, une lecture plus attentive de ce communiqué final (entre ce qui est dit ou écrit et ce qui est sous entendu à travers les lignes ou les résolutions), m’amène modestement à penser que de gros nuages sombres s’accumulent de plus en plus sous le ciel des économies de la CEMAC. Si des mesures fortes et immédiates ne sont pas prises (et mises en œuvre pour certaines à très court terme) par la Communauté pour éclaircir rapidement ce ciel sombre, nous allons tout droit au devant d’un grave orage ou tempête qui ne laissera plus d’autre alternative que la dévaluation et la destabilisation du système financier au vu du niveau d’exposition de nos banques au risque souverain. Pour ne citer que ces 2 graves conséquences !
Je m’inquiète principalement de l’absence de mesures ou résolutions fortes et spécifiques pour booster la croissance de la Cemac qui reste atone et en deçà des prévisions (2,5 % au cours de l’exercice passé si je ne me trompe – trop peu, trop faible ds tous les cas). En effet les principales recommandations et résolutions me semblent aller plus en direction d’assurer le paiement sans faute du service de la dette extérieure, la maîtrise de la stabilité monétaire et des prix. Rien de fort qui puisse assurer l’accélération de la croissance ou libérer les énergies du secteur privé véritable moteur de la croissance. J’y vois, et ça n’engage que moi, la touche et la marque du FMI qui semble très souvent n’avoir pour seul souci vis à vis de nos États que de s’assurer de leur capacité à rembourser son argent ou la dette extérieure. Ce manquement est un peu dommage et pour une large génération d’Africains dont je fais partie, vivement le jour où nous pourrions parler, discuter et décider de nos économies sans l’ombre (c’est un euphémisme – car c’est plus qu’une ombre) de ces fameuses institutions de Bretton Woods et d’ailleurs.
Bien entendu il serait trop facile pour nous, comme c’est souvent le cas, de ne pointer le doigt que vers ces institutions internationales. Nous ne pourrions parler, discuter et décider de nos affaires entre nous que lorsque nous même serions plus sérieux, plus rigoureux et plus disciplinés dans la gestion de nos finances publiques: les dérapages budgétaires avec l’inflation des dépenses publiques et l’explosion des déficits publics, la corruption endémique, le train de vie dispendieux des États, l’accumulation du stock de la dette extérieure (dont on se demande souvent à quoi elle a servi puisqu’on doit souvent rembourser des emprunts qui n’ont pas servi à créer des investissements productifs), la propension des hommes et de femmes de l’Afrique Centrale à vivre et à consommer à l’occidental dès qu’ils ont un pouvoir d’achat conséquent (faisant de l’import-substitution un vœu presque pieux), le maintien (et mm l’entretien à coups d’appuis budgétaires ou de subventions) d’un secteur public productif qui accumule les pertes ou en quasi faillite, etc. Oui tout ceci n’est pas de nature à favoriser notre souveraineté économique ou à réduire nos vulnérabilités vis à vis des chocs extérieurs.
Espérons donc que la sonnette d’alarme que les Chefs d’Etats de la Cemac ont tiré ce jour aujourd’hui à Brazzaville sera suivie d’effets et que les résolutions adoptées et réformes structurelles attendues seront effectivement mises en œuvre pour un ciel azur plus dégagé au dessus des économies de la Cemac.

