Port de Kribi: 72 milliards pour l’énergie électrique
Présidée par le Minee, Gaston Eloundou Essomba, la cérémonie de lancement des travaux de la ligne 225 KV et du poste 225/30 KV a eu lieu le 06 août dernier à Kribi.
Kribi branche sa puissance : un nouveau courant d’avenir pour l’industrie camerounaise. Pour ce faire, mercredi 6 août 2025, une cérémonie discrète, mais chargée d’enjeux, s’est tenue au Port de Kribi. Sous la houlette du ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, le gouvernement a officiellement lancé la construction d’une infrastructure électrique d’ampleur : une ligne haute tension de 225 kilovolts sur 42 kilomètres et un poste de transformation d’une puissance record de 180 MVA. Un projet estimé d’après le Minee, à 72 milliards FCFA.
A en croire le membre du gouvernement, depuis sa mise en service, le Port de Kribi attire les industries comme un aimant. Terminal à conteneurs, zone industrialo-portuaire, projets d’amodiataires : les besoins en électricité explosent. D’après l’autorité portuaire, actuellement évaluée à 100 MW, la demande pourrait quadrupler d’ici 10 ans, pour atteindre les 400 MW, l’équivalent de la capacité du barrage de Nachtigal. « Pourtant, jusqu’ici, le port fonctionnait avec une alimentation électrique fragile, insuffisante pour répondre à cette dynamique industrielle ». Pour elle, c’est ce déficit que le nouveau projet vient combler, avec une solution robuste et durable : une ligne électrique à double terne et un poste de transformation dimensionné pour le futur.
Une dorsale énergétique pensée pour durer
Techniquement, apprend-on, le projet repose sur une architecture solide : deux ternes distincts, l’un partant du poste 225 KV d’Edea Beon, l’autre de la centrale à gaz de KPDC, convergent vers un nouveau poste, situé au cœur du PAK. « Ce dernier, équipé de trois transformateurs de 60 MVA chacun, devient ainsi le plus puissant du Cameroun, devant celui de Nyom 2 », assure le top management du PAK. Qui indique que son alimentation s’appuiera sur une triple connexion stratégique : « l’énergie issue de la centrale KPDC (216 MW), celle du barrage de Nachtigal via Edea Beon, et celle de Memve’ele via Ebolowa. Une configuration qui assure une continuité de service même en cas de défaillance multiple, et anticipe les pics de demande énergétique dans la zone ».
Cependant, le calendrier est serré : 16 mois de travaux pour une mise en service attendue en fin d’année 2026. Côté financement, éclaircit le Minee, le montage s’appuie sur un partenariat public-privé : 41 milliards FCFA proviennent d’un prêt extérieur obtenu par la partie chinoise, dont 16,1 milliards pour le poste électrique. Le reste, soit 30,6 milliards FCFA, est préfinancé par le Port Autonome de Kribi, à la demande du gouvernement. Ce choix stratégique de préfinancement, selon un cadre du PAK, s’explique par l’urgence : « sans cette ligne, les infrastructures du port risquaient de fonctionner en sous-capacité. Une perspective inacceptable pour un pays qui compte sur Kribi pour porter sa stratégie d’industrialisation ».
Au-delà du port, les retombées économiques s’annoncent multiples. Ce projet devrait générer des emplois directs et indirects, améliorer l’attractivité du site pour les investisseurs, et renforcer la position de Kribi comme hub logistique et industriel de la sous-région. Les infrastructures connexes, zones franches, routes, installations industrielles, bénéficieront, elles aussi de cette nouvelle sécurité énergétique. Pour le ministre Gaston Eloundou Essomba, ce chantier n’est pas un simple projet d’électrification. C’est une « haute directive » présidentielle, une réponse concrète à la vision d’un Cameroun industrialisé, compétitif, résilient. En citant Paul Biya : « L’énergie est au cœur de tout processus de développement ».
Hélène Tientcheu

