Port de Douala: À Missolè 1, la première pierre d’une révolution économique lancée

Sur les berges du fleuve Dibamba le 24 juillet dernier, le Premier ministre, Chief Joseph Dion Nguté, a procédé à la pose de la première pierre de l’un des projets les plus structurants du pays : une zone industrialo-portuaire de 500 hectares.

Sur les rives tranquilles du fleuve Dibamba ce jeudi 24 juillet 2025, les pelleteuses n’ont pas encore tourné, mais les ambitions, elles, sont déjà colossales. En posant symboliquement la première pierre de la Zone d’activités industrialo-portuaires de la Dibamba (Zaipd), le Premier ministre, Chief Joseph Dion Ngute, a donné le coup d’envoi d’un projet qui pourrait, à terme, redéfinir l’économie du Cameroun et de l’Afrique centrale.

Avec 230 milliards de FCFA d’investissement prévus pour la phase initiale, la Zaipd se déploiera sur 500 hectares. D’après l’autorité portuaire, il est question ici de désengorger le port historique de Douala-Bonabéri et créer une plateforme logistique et industrielle moderne, connectée, intégrée, capable d’absorber une partie du trafic maritime et terrestre de plus en plus intense autour de Douala. Ainsi, le projet s’articule autour de deux composantes majeures : une zone logistique multimodale de 120 hectares et une plateforme industrielle de 350 hectares.

Le cœur du dispositif, explique un cadre du PAD, c’est l’Inland Container Depot (ICD) qui permettra, grâce à la voie fluviale, de transférer rapidement les conteneurs à 30 kilomètres de Douala, réduisant la pression routière sur la métropole économique. « Cette infrastructure inédite comprendra entrepôts sous douane, parc à conteneurs, zone de bois, stationnement poids lourds, jetée fluviale, et centre de formalités. Plus qu’un simple port intérieur, la Zaipd se veut un hub régional, connecté à l’hinterland par voies fluviale, routière et ferroviaire ».

Un levier industriel stratégique

Mais la Zaipd n’est pas seulement un projet logistique. Elle entend aussi être un catalyseur industriel. L’espace réservé, apprend-on, accueillera des investisseurs nationaux et internationaux dans des secteurs clés : transformation agricole et forestière, industrie pharmaceutique, énergie, textile, mines ou encore production de matériaux de construction. Selon les projections, près de 15 000 emplois directs seront générés. La zone pourrait indirectement stimuler la création de 500 000 emplois dans les filières agricoles associées.

De l’avis d’Expert, à terme, cette plateforme doit renforcer l’intégration du Cameroun dans les chaînes de valeur internationales et encourager la transformation locale des matières premières, conformément aux orientations de la SND30. Egalement, le projet de la Zaipd s’inscrit dans une stratégie à long terme initiée par le Port Autonome de Douala à travers son Schéma Directeur de Développement (SDD 2020–2050). « Le port actuel souffre de plusieurs handicaps : saturation foncière, faible profondeur nautique, congestion chronique aux entrées Est et Ouest de Douala. Nous avons atteint les limites physiques de Bonabéri. La Zaips est la seule voie viable pour croître », souligne Cyrus Ngo’o, Directeur général du PAD.

Il confie que, grâce à la zone de la Dibamba, le port pourra déconcentrer ses flux, augmenter sa capacité de traitement et se conformer aux standards internationaux de performance portuaire. Pour Manfred Njecacal, maire de Dibamba, ce projet transforme radicalement le destin de Missolè 1 : « Notre village devient une porte industrielle du Cameroun. Nous espérons que nos jeunes, longtemps oubliés, seront prioritaires dans les recrutements ». Une attente largement partagée dans une région confrontée au chômage et à l’exode rural. Au-delà de la technique, la cérémonie de Missolè 1 est aussi un acte politique. Elle traduit la volonté du président Paul Biya d’inscrire durablement le Cameroun dans une dynamique d’émergence économique, en diversifiant les moteurs de croissance. « Le pays ne peut plus dépendre uniquement du transit. Il doit produire, transformer, exporter », a martelé le Premier ministre.

Le développement de la Zaipd est confié à un partenariat stratégique entre le PAD et Arise Integrated Industrial Platforms, groupe déjà actif dans plusieurs pays africains. Une société de projet mixte, Dibamba Douala Port Logistics Platform (DDLP), a été créée pour piloter la zone logistique, tandis qu’Arise portera seule la plateforme industrielle. Le financement est déjà sécurisé, selon le PDG Gagan Gupta : « Nous sommes prêts à commencer. Les fonds sont disponibles, les plans sont clairs, les ambitions sont communes ».

H.T

 

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