Pipeline Tchad-Cameroun: Le droit de transit rapporte 12 milliards à l’Etat à fin avril 2026

Portées par le transit massif de 16,10 millions de barils de brut, les recettes d’exploitation de l’oléoduc transfrontalier enregistrent une hausse de 1,2 milliard de FCFA sur les quatre premiers mois de l’année.

Le transit de l’or noir tchadien dope les finances publiques camerounaises en ce début d’exercice. Entre le 1er janvier et le 30 avril 2026, les redevances perçues au titre du droit de transit sur le pipeline Tchad-Cameroun ont atteint 21,89 millions de dollars américains, soit l’équivalent de 12,27 milliards de FCFA.

Cette performance financière majeure a été actée par le Comité de pilotage et de suivi des pipelines (CPSP) lors de ses assises stratégiques organisées à Kribi du 18 au 22 mai 2026, sous la présidence d’Adolphe Moudiki, l’administrateur directeur général de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH). La comparaison des données d’exécution budgétaire révèle une nette trajectoire de croissance macroéconomique. Les encaissements captés au premier quadrimestre 2026 affichent une progression solide de 1,2 milliard de FCFA par rapport à la même période de l’exercice 2025, durant laquelle les caisses de l’État n’avaient enregistré que 10,15 milliards de FCFA.

Cette optimisation des recettes repose sur une intensification des opérations de contrôle sur la façade maritime. Le bras séculier de l’État a assuré un suivi technique et métrologique rigoureux des flux de brut au terminal off-shore Komé-Kribi 1 (KK1), point névralgique de l’évacuation maritime. Ces opérations d’audit quantitatif et qualitatif ont été exécutées par HYDRAC S.A., filiale spécialisée de la SNH en matière de certification.

La comptabilité d’exploitation arrêtée au 30 avril 2026 affiche un bilan opérationnel impressionnant. En seulement quatre mois, 17 cargaisons de pétrole brut ont été officiellement inspectées, validées et enlevées par les superpétroliers internationaux. Ce flux continu représente un volume global de 16,10 millions de barils injectés à travers les 1 080 kilomètres de canalisations souterraines reliant les puits de production tchadiens de la cuvette de Doba au littoral camerounais.

L’enjeu crucial de la révision des tarifs de transit

Pour le Tchad, pays enclavé, l’oléoduc reste l’unique cordon ombilical économique pour accéder au marché mondial. Pour le Cameroun, chaque baril acheminé génère une rente directe. Le pays perçoit actuellement un droit de transit fixé à 1,321 dollar par baril transporté.

Ce niveau de redevance est le fruit de négociations serrées menées par Yaoundé. Initialement plafonné à 0,41 dollar, le tarif a été réajusté en 2013, puis en 2018. L’avenant contractuel du 29 octobre 2013 stipule que cette taxe doit être révisée tous les cinq ans en fonction de l’inflation moyenne enregistrée au Cameroun.

Cependant, alors qu’une nouvelle revalorisation contractuelle était programmée pour le 1er octobre 2023, le secret plane toujours sur l’aboutissement des discussions avec le consortium pétrolier. Ce retard de réévaluation suscite des interrogations, d’autant que le rythme actuel des recettes globales reste légèrement en deçà des prévisions annuelles de la loi de finances.

Le Niger comme futur levier de croissance géopolitique

La dynamique des volumes transportés pourrait connaître un bond quantitatif spectaculaire à moyen terme. Les infrastructures de transit camerounaises sont en première ligne pour capter de nouveaux marchés africains, notamment si le Niger concrétise son plan d’exportation de son brut via l’axe Tchad-Cameroun, un projet stratégique en discussion depuis 2012.

La relance active de ce dossier d’interconnexion par les autorités de Niamey ouvre la perspective d’un raccordement majeur. L’injection de ces volumes supplémentaires de brut nigérien saturerait positivement les capacités de l’oléoduc, garantissant au Cameroun une explosion mécanique et pérenne de ses revenus douaniers et de ses taxes de transit.

 

 

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