Petits ruminants: Yaoundé accueille le grand raout
Réunis dans la capitale camerounaise depuis ce 21 avril à l’initiative de la FAO, experts et partenaires internationaux affûtent leur stratégie pour venir à bout d’une maladie qui menace des millions de moyens de subsistance.
La bataille contre la peste des petits ruminants (PPR) est entrée dans une phase décisive. À Yaoundé, depuis ce 21 avril jusqu’au au 23 du même mois, la riposte s’organise avec méthode et détermination, portée par une mobilisation régionale sans précédent.
C’est dans le cadre de l’atelier régional de renforcement des capacités de surveillance de la PPR et des autres maladies animales transfrontalières que des délégations venues des États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) ont posé leurs valises à l’hôtel Merina. Objectif : harmoniser les stratégies, renforcer les compétences et accélérer la marche vers l’éradication de cette maladie virale dévastatrice d’ici 2030.
Dans son allocution d’ouverture, Mimbang Guy Irène, Conseiller technique n°1 au ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales, a donné le ton. « La peste des petits ruminants constitue un risque majeur pour les communautés d’éleveurs en Afrique subsaharienne », a-t-il rappelé, insistant sur le rôle vital des moutons et des chèvres dans la sécurité alimentaire et les économies rurales.
Face à cette réalité, la riposte s’organise autour de la surveillance épidémiologique. Détection précoce, réponse rapide, planification stratégique… autant d’outils jugés indispensables pour espérer contenir puis éliminer la maladie. « À la fin du processus, seule une surveillance efficace permet de démontrer le statut indemne », a martelé le représentant du ministère.
Les partenaires techniques et financiers jouent un rôle clé dans cette dynamique. L’Union européenne, la Banque mondiale, la FAO, l’Organisation mondiale de la santé animale, ainsi que plusieurs institutions africaines, accompagnent les États dans la mise en œuvre du programme panafricain d’éradication de la PPR. À cela s’ajoutent des initiatives nationales, comme le Projet de Développement de l’Élevage (PRODEL) au Cameroun, qui a permis de renforcer les services vétérinaires et d’améliorer l’accès aux vaccins.
Lors de son intervention, le représentant de la FAO au Cameroun a salué les avancées politiques enregistrées ces dernières années. La résolution adoptée en 2024 à Rabat et les engagements pris en 2025 à Kampala témoignent d’une volonté continentale affirmée. « L’éradication de la PPR d’ici 2030 est un objectif ambitieux, mais réalisable », a-t-il assuré, appelant à une mobilisation accrue des ressources et des partenariats.
Même son de cloche du côté de l’Union européenne, qui finance en partie cet atelier. Pour son représentant, la lutte contre la PPR dépasse largement le cadre sanitaire. Elle touche à la stabilité des territoires, à l’emploi des jeunes et au développement économique. « Maîtriser la PPR, c’est soutenir la croissance des filières animales et renforcer la résilience des communautés », a-t-il souligné.
La PPR affecte plus de 70 pays à travers le monde et menace près de 300 millions de familles rurales. Chaque année, elle engendre des pertes estimées à plus de 2 milliards de dollars. Dans les zones rurales d’Afrique centrale, où l’élevage constitue souvent la principale source de revenus, ses conséquences sont immédiates : chute des revenus, insécurité alimentaire et fragilisation des marchés locaux.
Par Julien Efila

