Pénurie de sel au Cameroun: Les spéculateurs prennent les ménages en otage

Denrée de première nécessité, ingrédient incontournable de la cuisine, le sel se fait rare sur les étals des marchés, provoquant une flambée spectaculaire des prix.

Au marché de PK 14 à Douala, Eliane, ménagère, ne cache pas son désarroi. « Je suis désespérée car je n’ai plus de sel dans la cuisine. Je cuisine des repas sans sel, mais c’est vraiment fade. La nourriture n’a pas de goût. Cette pénurie de sel est vraiment sérieuse », déplore-t-elle. Depuis le début de l’année 2026, la situation est la même dans de nombreux ménages. Les familles sont obligées de modifier leur habitude alimentaire en raison de l’indisponibilité du sel, un ingrédient essentiel pour la cuisson.  Les conservations dans les chaumières et les marchés tournent autour de ce sujet. Les ménagères sont inquiètes et cherchent des solutions pour pallier le manque de sel. Les commerçants quant à eux sont accusés de spéculer sur les prix, aggravant ainsi la situation.

Dans les marchés de Douala, la situation est critique. Le sac de sel de 18 kg, qui se vendait à 3000 FCFA, est désormais proposée entre 5000 et 6000 FCFA, lorsqu’il est disponible. « Le sel est devenu un produit de luxe », déplore une ménagère. Cette hausse vertigineuse des prix affecte directement le budget des ménages, déjà mis à rude épreuve par l’augmentation du coût de vie.  « Avec ma maigre ration alimentaire, je ne m’en sors pas. N’en parlons même plus du sel, qui avant avec 100 FCFA tu avais une bonne quantité qui pouvait te faire un mois ». Les commerçants interrogés accusent les producteurs de baisser la production, ce qui explique la pénurie. « Certaines informations font état d’une baisse de la production », affirme une commerçante.  Cependant, la pénurie de sel affecte également les industries agroalimentaires.

Les producteurs réfutent ces accusations, estimant que la pénurie est le fait de commerçants véreux qui créent la spéculation. « On nous accuse de spéculer, mais la réalité est plus compliquée. Les coûts de transport ont augmenté, les livraisons arrivent en retard et nous devons avancer l’argent avant d’être servis. Certains grossistes gardent peut-être des stocks, je ne peux pas le nier, mais tous ne jouent pas à ce jeu. Nous subissons aussi la pression des clients. Quand le prix grimpe en amont, nous n’avons pas d’autre choix que de répercuter », explique un grossiste du marché 14ème. Certains grossistes accusent la malhonnêteté d’autres grossistes. Parce que, disent-ils, « ils stockent les produits afin de les vendre plus chères ».

« Depuis janvier, nous constatons une grosse spéculation sur le sel. Les commerçants véreux font croire aux consommateurs qu’il y a une rupture totale et que les producteurs ne peuvent pas satisfaire la demande », déclare Yves Duclos Youbi, de la société africaine de sel (Sasel). Selon Sasel, le sel est disponible dans les unités de production et est acheminé vers les marchés. « Chaque jour, nous distribuons 45000 sacs », rassure Hermann Youaleu, directeur commercial Sasel. Malgré cela aucune communication officielle a encore permis d’éclairer l’opinion sur les véritables raisons de cette situation qui touche l’ensemble des villes du pays.

Il est urgent que les autorités prennent des mesures pour résoudre cette crise et rétablir l’équilibre sur le marché du sel. Les textes nationaux prévoient un encadrement des prix des produits de première nécessité, mais sur le terrain, peu de consommateurs disent avoir constaté des contrôles visibles. « Nous suivons la situation de près. Des équipes sont déployées pour vérifier les stocks et contrôler l’évolution des prix. S’il s’avère qu’il y a rétention volontaire ou entente illicite, des sanctions seront prises conformément à la réglementation. Il faut toutefois éviter les conclusions actives. Certaines tensions peuvent être liées à la logistique régionale. Notre priorité reste la protection du consommateur et la stabilité du marché », affirme un agent du ministère du commerce.

Le Cameroun, pays côtier membre de la communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), est confronté à une pénurie de sel.  Cette situation est d’autant plus étonnante que le pays devrait bénéficier de la libre circulation des biens au sein de la Cemac. En théorie, les tensions locales sur le marché du sel devraient être compensées par des flux régionaux. Cependant, en pratique, les barrières non tarifaires, les lenteurs douanières et les coûts informels aux frontières freinent la fluidité des échanges. Les importations de sel sont ainsi ralenties, contribuant à la pénurie et à la hausse des prix. Cette situation met en lumière les défis que rencontrent la Cemac pour mettre en œuvre une véritable intégration régionale et faciliter les échanges commerciaux entre les pays membres. La résolution de cette crise du sel pourrait passer par une amélioration de la coopération régionale et une réduction des obstacles au commerce.

Par Diane Kenfack

 

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