Pénurie de sang: Le CNTS lance une collecte nationale d’urgence
À l’approche de la Journée mondiale du donneur de sang, le Centre national de Transfusion sanguine (CNTS) a lancé une offensive nationale pour recruter des milliers de donneurs bénévoles et inciter l’État à financer ce secteur stratégique, aujourd’hui en situation de stress chronique.
Le constat est glacial : au Cameroun, le sang reste une denrée rare et rationnée. En dépit d’une progression constante des prélèvements ces dernières années, le pays fait face à un déficit structurel alarmant. C’est pour briser ce cercle vicieux que le Centre national de Transfusion sanguine (CNTS) a officiellement lancé une campagne de mobilisation d’envergure.
Face aux professionnels des médias, la directrice générale du CNTS, le professeur Dora Mbanya, a tiré la sonnette d’alarme. L’objectif est de sensibiliser l’opinion publique aux enjeux économiques et sanitaires de cette pénurie silencieuse, tout en lançant un appel pressant au don volontaire et strictement non rémunéré. Pour l’institution, le bénévolat régulier constitue l’unique rempart éthique et sécurisé pour garantir un approvisionnement stable, mettant ainsi fin au système précaire des « donneurs de remplacement » recrutés dans l’urgence par les familles des malades.
L’illusion des chiffres face au gouffre de la demande
Les statistiques révèlent un paradoxe saisissant. Le civisme des Camerounais progresse : les collectes nationales sont passées d’un peu plus de 147 000 poches en 2022 à plus de 158 000 en 2023, avant de grimper à 165 708 poches en 2024, pour enfin franchir le cap des 186 000 poches l’année dernière.
Pourtant, cette courbe ascendante est totalement asphyxiée par l’explosion des besoins des hôpitaux. Avec ces 186 000 poches, le CNTS couvrait à peine 47 % de la demande nationale. Le développement rapide du plateau technique hospitalier, la croissance démographique et la multiplication des soins spécialisés creusent chaque jour un peu plus l’écart entre l’offre et la demande.
Un plan d’attaque pour inverser la tendance
Pour l’édition 2026, placée sous le thème évocateur « Une goutte d’humanité. Don du sang. Sauvez des vies », le CNTS déploie une feuille de route chiffrée. Durant ce mois de mobilisations, l’institution ambitionne d’abord de sensibiliser au moins 50 000 personnes à travers le pays. Elle vise également le recrutement d’un minimum de 2 000 nouveaux donneurs bénévoles et réguliers, tout en sécurisant la collecte directe de 2 000 poches de sang supplémentaires.
Pour transformer ce sursaut temporaire en routine collective, des caravanes mobiles, des marches sportives régionales, des tables rondes et des campagnes de communication de proximité vont quadriller l’ensemble des dix régions du pays.
Au-delà de la fibre citoyenne, le CNTS déplace le débat sur le terrain politique. Pour Dora Mbanya et ses équipes, la sécurisation des stocks de sang doit être hissée au rang d’investissement souverain et stratégique, au même titre que la construction de routes ou d’écoles. Le centre plaide ouvertement auprès des pouvoirs publics pour une augmentation massive des budgets alloués au système national de transfusion. Car sur les tables d’opération des urgences, la disponibilité immédiate d’une poche de sang reste, par définition, la frontière absolue entre la vie et la mort.
Par Julien Efila

