Patrice Melom, Directeur général du Port Autonome de Kribi: « Le Port de Kribi veut contribuer à hauteur de 8 à 10 % au PIB national »
Quelle est la vision qui a présidé à la création du Port de Kribi, et où en sommes-nous aujourd’hui ?
Le Port de Kribi, faut-il le rappeler, est l’émanation de la vision du Chef de l’État qui, à l’occasion de la pose de la première pierre le 8 octobre 2011, en a consacré la vocation : faire de cette infrastructure portuaire le grand port en eau profonde de cette partie de notre littoral, par lequel seront manutentionnés nos minerais (fer, aluminium, hydrocarbures), et autour duquel se regrouperont des industries de transformation.
Cette vision présidentielle est désormais une réalité. Pour l’illustrer, sans être exhaustif, nous pouvons citer : l’accueil régulier à Kribi des plus grands navires porte-conteneurs au monde, un privilège réservé à très peu de places portuaires, rendu possible par l’achèvement récent du nouveau terminal à conteneurs ; L’installation d’une vingtaine d’unités industrielles et logistiques autour du périmètre d’influence du port, avec notamment la transformation de cacao destiné à l’export, le montage d’engins lourds, la fabrication de ciment et de carreaux, le traitement du bois, la transformation du blé, et la construction de plusieurs milliers de mètres carrés d’entrepôts de stockage ; La collecte de près de 1 400 milliards de FCFA de droits de douane, passant de 2 milliards en 2017 à 300 milliards en 2024, faisant du Port de Kribi le deuxième contributeur national en termes de recettes douanières ; La création de plus de 5 000 emplois directs et 10 000 emplois indirects, ainsi qu’un accompagnement socio-économique notable des communautés riveraines de la ville de Kribi et de la région.
Malgré ces avancées impressionnantes, des défis subsistent. Quel est aujourd’hui le principal frein au développement du port ?
Dans cette marche vers l’accomplissement de sa vocation et dans la quête de compétitivité, la question de l’alimentation énergétique du port constitue une problématique centrale. Il ne peut y avoir de développement industriel durable sans une énergie fiable et suffisante. Cette question épineuse connaîtra, grâce aux projets que nous lançons officiellement ce jour, une solution idoine.
Concernant le projet de construction de la ligne électrique de 225 kilovolts entre KPDC et Boro, conçu et maturé avec l’appui des structures techniques du Minee, et qui mobilisera 35 milliards de FCFA, il vise à suppléer l’alimentation actuelle, assurée par la ligne Biterne de 30 kilovolts, désormais limitée et dépassée par une demande en forte croissance. Cette ligne est à court terme la principale solution énergétique envisagée par le Port Autonome de Kribi pour répondre à un besoin immédiat estimé à 100 mégawatts, et à une demande projetée de 400 mégawatts à l’horizon 2040.
Comment le Port de Kribi entend-il relever ce défi énergétique ?
Nous comptons tirer parti du renforcement du réseau interconnecté Sud, initié par le Gouvernement, grâce notamment à la mise en service des barrages de Memve’ele, puis plus récemment de Nachtigal. La mise en service de cette ligne de 225 kV, prévue pour fin 2026, permettra de fiabiliser l’alimentation électrique du Port de Kribi et de garantir, à moyen terme, la compétitivité de la circonscription portuaire dans toutes ses composantes : portuaire, industrielle et logistique.
En parallèle, un poste de transformation sera construit par l’entreprise TBEA. Il viendra compléter cette infrastructure et pourra accueillir, à terme, une autre ligne en provenance d’Ebolowa. Ces solutions combinées rendront possible le développement des industries lourdes projetées à Kribi.
Je tiens à saluer le professionnalisme de nos partenaires, notamment TBEA, ainsi que le rôle essentiel de la Sonatrel. Notre collaboration est formalisée par la signature d’une convention d’assistance à maîtrise d’ouvrage pour la construction de la ligne KPDC–Port de Kribi.
Au-delà de l’énergie, quels sont les projets d’avenir pour consolider le rôle stratégique du Port de Kribi ?
Je sollicite l’accompagnement du Gouvernement pour faire aboutir deux dossiers essentiels : l’alimentation en gaz du Port de Kribi et la construction d’un terminal hydrocarbures, indispensables au développement du cluster énergétique de la zone. Par ailleurs, nous portons un projet structurant : la Zone Industrielle Intégrée du Port de Kribi (ZIIPK). Elle constitue le cœur de notre stratégie de développement. Ce projet vise à : Valoriser économiquement les produits locaux, en accord avec la politique d’import-substitution ; Créer entre 15 000 et 20 000 emplois directs d’ici 2030, et entre 120 000 et 150 000 emplois d’ici 2040 ; Contribuer à hauteur de 8 à 10 % au PIB national.
Ce projet, cité par le Chef de l’État lors de son adresse à la Nation le 31 décembre 2024, bénéficie d’un fort accompagnement des bailleurs de fonds et partenaires privés de renom. Le lancement est prévu pour septembre 2025, soit le mois prochain. Une cérémonie de pose de la première pierre est attendue.
Propos recueillis par H. T.


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