Or: Près de 200 sociétés illégales fermées

Cette vaste vague de fermetures s’inscrit dans le cadre de l’opération de restructuration du secteur minier artisanal engagée par le gouvernement afin de lutter contre l’exploitation illégale de l’or, la fraude, les exportations non déclarées et le pillage des ressources minières.

Le ton est désormais ferme. Après plusieurs jours de contrôles et de descentes sur le terrain, le gouvernement a décidé de frapper un grand coup dans le secteur minier. Dans un communiqué signé le 13 mai dernier, le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, Fuh Calistus Gentry, a annoncé la fermeture d’environ 200 sociétés minières impliquées principalement dans l’exploitation artisanale et semi-mécanisée de l’or dans les régions de l’Ouest et de l’Adamaoua.

Selon le document ministériel, plus de 95 % des entreprises concernées seraient d’origine étrangère. Le gouvernement leur reproche notamment le non-respect de la réglementation minière, des manquements environnementaux graves ainsi qu’une exploitation jugée anarchique des ressources aurifères du pays. Une décision qui exige « l’arrêt immédiat des activités », le démantèlement des installations minières ainsi que la libération des sites exploités. Les sociétés visées disposent d’un délai restreint pour se conformer aux instructions des autorités.

Cette vaste opération marque un tournant dans la stratégie du gouvernement camerounais face à l’exploitation illégale des ressources minières. Depuis plusieurs années, les autorités dénoncent l’expansion incontrôlée des activités aurifères artisanales et semi-mécanisées, particulièrement dans certaines localités de l’Est, de l’Adamaoua et de l’Ouest du pays. Sur le terrain, plusieurs exploitants opéraient parfois sans autorisation valide, en marge des obligations fiscales et environnementales imposées par le Code minier.

Les conséquences de cette exploitation désordonnée sont multiples. Dans plusieurs zones minières, les populations riveraines dénoncent depuis longtemps la destruction des terres agricoles, la pollution des cours d’eau ainsi que les conflits fonciers liés à l’occupation anarchique des sites aurifères. À cela s’ajoutent les pertes financières considérables pour l’État, dues à la fraude sur les volumes d’or extraits et à l’existence de circuits informels de commercialisation échappant totalement au contrôle public.

Face à cette situation, le gouvernement entend reprendre le contrôle d’un secteur jugé stratégique pour l’économie nationale. Les descentes menées ces derniers mois par le ministre Fuh Calistus Gentry dans plusieurs bassins miniers ont permis d’identifier de nombreuses irrégularités. Certaines entreprises auraient poursuivi leurs activités malgré l’expiration de leurs autorisations, tandis que d’autres exploitaient en dehors des périmètres officiellement attribués.

Cette offensive s’inscrit également dans la volonté des autorités de restructurer durablement le secteur extractif camerounais. Le gouvernement travaille depuis plusieurs années à la mise en œuvre du Code minier révisé, qui prévoit un encadrement plus rigoureux des activités minières, une meilleure traçabilité de l’or produit et un renforcement des obligations environnementales des exploitants.

Dans cette dynamique, les autorités encouragent progressivement les opérateurs à migrer vers un système d’exploitation à vase clos afin de réduire les impacts environnementaux et de mieux contrôler les productions. Le gouvernement souhaite aussi promouvoir un modèle d’exploitation plus structuré, capable de générer davantage de retombées économiques pour l’État et les collectivités territoriales.

Au-delà de la répression, Yaoundé cherche surtout à rassurer les investisseurs sérieux. Le Cameroun ambitionne de faire du secteur minier un levier majeur de transformation économique grâce au développement de grands projets structurants, notamment les gisements de fer de Mbalam-Nabeba et de Ngovayan, ainsi que le projet de bauxite de Minim-Martap.

Par Julien Efila

 

 

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