Nouveaux emprunts: La soutenabilité de la dette publique relancée
Entre besoins de financement des infrastructures, soutien aux secteurs stratégiques et impératifs budgétaires, l’État multiplie les mécanismes de mobilisation de ressources. Mais derrière cette dynamique se dessine une interrogation majeure : jusqu’où le pays peut-il emprunter sans fragiliser ses équilibres financiers ?
Ces dernières semaines, plusieurs annonces de financements destinés à soutenir des projets structurants, l’énergie ou encore certains besoins d’importation ont remis le sujet au premier plan. Pour les autorités, ces ressources restent indispensables afin d’accompagner les ambitions de développement inscrites dans la stratégie nationale et maintenir le rythme des investissements publics. Le Cameroun poursuit en effet de nombreux chantiers : infrastructures routières, énergie, modernisation administrative, projets agricoles et industriels. Autant d’initiatives nécessitant des enveloppes financières importantes dans un contexte marqué par la hausse des dépenses publiques et les contraintes budgétaires.
Cependant, chaque nouvel emprunt vient mécaniquement accroître le stock global de la dette publique. Si celle-ci demeure encore considérée comme soutenable par plusieurs institutions financières internationales, certains économistes appellent à une vigilance accrue quant au rythme d’endettement. L’enjeu ne porte pas uniquement sur le volume de la dette, mais également sur sa qualité. En d’autres termes : les fonds empruntés génèrent-ils suffisamment de valeur pour compenser leur coût futur ? Pour plusieurs analystes, une dette orientée vers les investissements productifs peut constituer un levier de croissance. À l’inverse, des emprunts mobilisés pour des dépenses à faible rendement économique risquent d’alourdir durablement les finances publiques.
Pour l’économiste camerounais Célestin Monga, « la dette n’est pas un problème en soi ; tout dépend de ce que l’on en fait ». Une formule qui résume le dilemme auquel font face de nombreux pays africains. Pour les spécialistes, l’emprunt peut devenir un accélérateur de transformation économique lorsqu’il finance des infrastructures créatrices de richesse, améliore la productivité ou renforce les capacités industrielles. Au Cameroun, les autorités défendent cette approche. Les investissements dans l’énergie, les corridors routiers ou les projets agricoles sont présentés comme des leviers capables de générer, à moyen terme, davantage de recettes et d’activité économique.
Mais les risques existent. L’augmentation du service de la dette réduit progressivement les marges budgétaires disponibles pour d’autres secteurs tels que la santé, l’éducation ou les politiques sociales. Plus les remboursements augmentent, plus la pression s’exerce sur les finances publiques. À cela s’ajoutent les aléas extérieurs : fluctuations des prix des matières premières, tensions géopolitiques, inflation mondiale ou variation des taux d’intérêt internationaux. Des facteurs susceptibles d’alourdir le coût du financement. Les économistes insistent donc sur la nécessité d’améliorer l’efficacité de la dépense publique, d’accélérer la mobilisation des recettes internes et de renforcer la gouvernance des projets financés par emprunt.
La digitalisation fiscale engagée ces dernières années, les réformes de modernisation administrative et la lutte contre les pertes de recettes sont d’ailleurs perçues comme des outils pouvant réduire la dépendance aux financements extérieurs. Pour le Cameroun, l’équation reste délicate : continuer à investir pour soutenir la croissance tout en évitant une dérive de l’endettement. Car au-delà des chiffres, la dette est aussi une question de trajectoire économique.
Par Diane Kenfack

