Mécanisation agricole: 400 millions de FCFA alloués au Ceneema
Ce montant accordé le 7 avril dernier s’inscrit dans le cadre du Plan Intégré d’Import-Substitution Agropastorale et de la Pêche (PIISAH)Agropastorale et de la Pêche (PIISAH).
400 millions de FCFA de subvention ont été accordés par l’État du Cameroun au Centre d’Etudes et d’Expérimentation du Machinisme Agricole (CENEEMA) le 07 avril 2026. Selon les informations de cette organisation, cette subvention s’inscrit dans une phase d’accélération du Plan Intégré d’Import-Substitution Agropastorale et de la Pêche (PIISAH). Contrairement à une simple distribution matérielle, cette dotation vise à renforcer le parc d’engins destinés aux prestations de services à coûts réduits pour les agriculteurs. Notons qu’au-delà d’un simple chiffre, cette dotation pose la question de savoir comment la mécanisation durable peut-elle transformer une agriculture régionale encore dominée à 60% par la force humaine ? Pendant des décennies, l’image de l’Agriculture au Cameroun et en Afrique Centrale est restée celle d’un paysan courbé sur une houe, défiant une terre souvent ingrate sous un soleil de plomb. En 2026, cette réalité, bien que persistante, se heurte à une nécessité impérieuse qui est celle de nourrir une population urbaine en explosion tout en réduisant une facture d’importation de céréales qui pèse lourdement sur les balances commerciales, d’où la réponse des États à se tourner vers la mécanisation durable de leur agriculture comme piste de solution.
Pour les observateurs avertis, cette décision administrative du 07 avril 2026 actant le déblocage de 400 millions de FCFA en faveur du CENEEMA, n’est pas qu’une simple ligne budgétaire, mais un signal de changement de paradigme. Car longtemps critiquée pour sa gestion de « parc à ferraille », l’institution se réinvente aujourd’hui en prestataire de services. L’objectif est clair, l’État veut sortir de la logique de l’achat individuel de tracteurs parfois inaccessibles pour 95% des exploitants pour passer à une logique de mutualisation. En ouvrant des antennes régionales, comme celles de Maroua dans l’Extrême-Nord du pays récemment renforcé pour le bassin rizicole de Grand Nord, l’État tente de rapprocher l’outil de la terre. Mais le défis reste immense avec à peine 1.5 tracteur pour 1000 hectares, le Cameroun et ses voisins sont encore loin du seuil de 10 tracteurs préconisés par la FAO pour une productivité optimale.
Une mécanisation intelligente
On ne mécanise plus en 2026 comme on le faisait dans les années 1970. Le cadre stratégique continental, le Sustainable Agricultural Mechanization : A Framework for Africa (SAMA) impose désormais une vision « climato-intelligent ». Finie donc la course au Diesel alors que les cours du pétrole restent volatils en raison des tensions géopolitiques mondiales. La tendance lourde de cette année 2026 est l’intégration solaire. Dans les savanes du Nord-Cameroun ou les pleines du Tchad les motopompes photovoltaïques remplacent les moteurs bruyants et polluants. De même l’introduction expérimentale des drones pour la pulvérisation de précision et la cartographie des sols marque l’entrée de l’Afrique Centrale dans l’agriculture 4.0. Aujourd’hui, ces technologies ne sont plus des gadgets de salon, mais permettent une économie d’intrants chimique et une gestion de l’eau devenue vitale face aux dérèglements climatiques qui ralentissent les calendriers culturaux.
Le véritable moteur de cette accélération reste le PIISAH. Le riz, le maïs et le soja sont les cibles prioritaires. Pour que le Cameroun cesse de dépenser des centaines de milliards de FCFA chaque année pour importer du riz thaïlandais ou indien, il doit aménager. Outre la subvention de 400 millions de FCFA accordée au CENEEMA en avril 2026, le succès de la mécanisation durable en Afrique centrale dépendra de la capacité des États à maintenir cet effort dans la durée, à former des milliers de techniciens et à garantir un accès au crédit pour les coopératives. Le chemin est encore long et les obstacles.
Par Arnaud Joseph Etoundi

