Marché financier régional: Le Cameroun tourne la page de l’emprunt obligataire « ECMR 5,8 % Net 2023-2026 »
La radiation annoncée par la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (Bvmac) marque l’aboutissement d’une opération de financement de 150 milliards de FCFA et confirme la capacité de l’État camerounais à honorer ses engagements vis-à-vis des investisseurs.
Le Cameroun vient de franchir une nouvelle étape dans sa relation avec les marchés financiers. L’État a en effet achevé le remboursement de l’emprunt obligataire baptisé « ECMR 5,8 % Net 2023-2026 », une opération qui avait permis de mobiliser 150 milliards de FCFA auprès des investisseurs de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). La clôture officielle de cette ligne de dette, annoncée par la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (Bvmac), est prévue le 23 juin 2026 avec la radiation définitive du titre de la cote boursière. Au-delà du caractère technique de cette décision, l’événement constitue un signal positif pour la crédibilité financière du Cameroun.
Lancé en 2023 dans un contexte marqué par des besoins importants en infrastructures, cet emprunt avait pour objectif de soutenir plusieurs projets inscrits dans le budget de l’État. Les fonds collectés devaient notamment contribuer au financement d’infrastructures routières, énergétiques et portuaires, considérées comme des leviers essentiels pour la croissance économique du pays. Pour convaincre les investisseurs, le Trésor public avait proposé un taux d’intérêt net de 5,8 % sur une maturité de trois ans. L’opération s’inscrivait dans une stratégie plus large de diversification des sources de financement de l’État, alors que les marchés financiers régionaux prennent progressivement une place plus importante dans le financement des politiques publiques.
L’un des aspects les plus remarqués de cette opération demeure le respect du calendrier de remboursement. Plutôt que d’attendre l’échéance finale pour régler l’intégralité du capital, l’État a opté pour un mécanisme d’amortissement progressif. Cette méthode a permis d’étaler les remboursements sur plusieurs exercices budgétaires, réduisant ainsi la pression sur les finances publiques tout en garantissant aux souscripteurs le versement régulier des intérêts et du principal. Pour les analystes financiers, l’achèvement de ce remboursement renforce l’image d’un emprunteur souverain capable de tenir ses engagements. Dans un environnement où les investisseurs sont de plus en plus attentifs aux risques de défaut, la capacité d’un État à respecter les échéances prévues constitue un facteur déterminant pour attirer de nouveaux capitaux. Cette performance pourrait ainsi faciliter les futures levées de fonds du Cameroun sur le marché régional.
Cette opération s’inscrit également dans une dynamique plus large. Depuis plusieurs années, le Cameroun recourt régulièrement aux marchés financiers pour financer ses projets de développement. Plusieurs emprunts obligataires ont déjà été remboursés sans incident majeur, contribuant à bâtir une réputation de solvabilité appréciée des investisseurs institutionnels de la sous-région. Avec la clôture de l’ « ECMR 5,8 % Net 2023-2026 », le Cameroun ne se contente donc pas de solder une dette. Il envoie aussi un message aux marchés : celui d’un État qui entend préserver la confiance des investisseurs tout en poursuivant le financement de ses ambitions économiques. Dans une Cemac en quête de ressources pour soutenir son développement, cette crédibilité constitue aujourd’hui un actif aussi précieux que les capitaux eux-mêmes.
Par Diane Kenfack

