Marché des titres de la Beac: Le Cameroun lève 114 milliards de FCA
L’émission d’OTA du pays n’a pas atteint 150 milliards visés, soulignant le rôle déterminant des investisseurs et la stratégie prudente du trésor.
Le Trésor public camerounais a procédé à une émission d’Obligations du trésor assimilables (OTA) de 2 à 6 ans sur le marché sous régional des titres publics de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac). Initialement ciblée à 150 milliards de FCFA, l’opération déroulée le 30 mars 2026, a finalement mobilisée 144,25 milliards de FCFA, selon des sources internes au ministère des Finances. Les experts expliquent cette légère différence par le fait que sur les marchés financiers, atteindre exactement l’objectif n’est jamais garanti. La réussite d’une émission dépend avant tout de l’appétit des investisseurs, qui peut varier selon le taux d’intérêt proposé, la maturité des titres et le climat économique général. A cela s’ajoute la gestion prudente du Trésor.
Le gouvernement peut volontairement limiter le montant levé pour ne pas surcharger le marché, préserver la liquidité et maintenir une gestion équilibrée de la dette. Les OTA, titre de longue maturité, servent à financer des projets de développement, mais l’Etat doit également conserver la flexibilité financière pour faire face aux besoins courants, comme le paiement des salaires ou le remboursement des Bons de trésor assimilable (BTA) arrivés à échéance. L’émission a été réalisée via un syndicat de spécialistes en valeur du Trésor (SVT), dirigé par SCB Cameroun, et incluant Société générale et Ecobank. Ce mécanisme validé par la Banque centrale en 2021, permet à l’Etat de mobiliser les fonds tout en répartissant le risque entre plusieurs acteurs financiers.
L’opération s’inscrit dans le calendrier prévisionnel du deuxième trimestre 2026, au cours duquel le Cameroun prévoit de lever 580 milliards de FCFA, combinant BTA et OTA, indique le document publié sur le site internet de la Beac. Les BTA, titre de courte maturité (13 à 52 semaines) couvrent les besoins ponctuels de liquidité. Tandis que les OTA, titre de longue maturité (2à 15 ans) financent les projets de développement. Dans le détail, le gouvernement entend mobiliser 160 milliards de FCFA au mois de d’avril 2026 ; 155 milliards de FCFA au mois de mai ; et enfin 265 milliards de FCFA au mois de juin 2026. Ces emprunts se feront au moyen de Bons d’émission du Trésor assimilables.
En mai, six opérations supplémentaires totalisent 155 milliards de FCFA. Les adjudications du 11 mai portent simultanément sur un BTA. Ces titres visent à structurer une courbe de rendement sur des horizons plus longs, selon les indications fournies dans le calendrier du Trésor. Deux opérations de titrisation complètent le dispositif, chacune d’un montant de 30 milliards de FCFA. La première opération est prévue pour fin mai, la seconde fin juin, avec des échéances comprises entre 2028 et 2031. Grace à ces opérations, le pays reflète à la fois la confiance relative des investisseurs, l’importance de la prudence budgétaire et la volonté du gouvernement de maintenir un équilibre entre financement du développement et gestion saine de la trésorerie.
Depuis plusieurs années le ministère des Finances a choisi de recourir à l’émission de nouveaux BTA pour financer ses activités et rembourser des dettes arrivées à échéance. Si cette stratégie permet de préserver les recettes propres de l’Etat pour d’autres priorités budgétaires, elle augmente la dépendance au refinancement de court terme. Le Cameroun confirme ainsi sa capacité à mobiliser le marché régional pour soutenir ses ambitions économiques tout en respectant les principes de discipline financière et stabilité. La Beac joue un rôle clé dans la gestion de ces titres et la régulation du marché financier de la Communauté économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale (Cemac).
Diane Kenfack

