Management: Trois profils d’exception pour incarner la rupture
Au lendemain de sa création par décision du Chef de l’État, la Socadel se voit ainsi dotée d’un leadership appelé à porter l’ambition de redressement, de performance et de souveraineté énergétique. Le Ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a procédé le 5 mai 2026 à Yaoundé à l’installation officielle de la toute première équipe dirigeante de la Société camerounaise d’électricité.
Antoine Ntsimi, le retour du stratège
Quatorze ans après avoir disparu des radars institutionnels, Antoine Ntsimi signe un retour remarqué au sommet de l’appareil économique camerounais. À 71 ans, l’ancien ministre des Finances vient d’être porté à la présidence du Conseil d’administration de la Société camerounaise d’électricité (Socadel), nouvelle entité appelée à piloter un secteur aussi sensible que stratégique : l’énergie. Derrière cette nomination, le pouvoir mise sur un profil expérimenté, capable de conjuguer rigueur financière, crédibilité internationale et culture de la réforme.
Dans les cercles administratifs et économiques, Antoine Ntsimi n’est pas un inconnu. Banquier, économiste et haut commis de l’État, il appartient à cette génération de technocrates qui ont accompagné les grandes mutations économiques du Cameroun et de la sous-région dans les années 1990. Entre 1992 et 1994, il occupe le portefeuille des Finances dans un contexte particulièrement tendu. Il est alors l’un des visages de la dévaluation du franc CFA de 1994, décision historique et douloureuse pour les économies de la zone franc.
Formé aux États-Unis, notamment à la Chicago Business School, proche des milieux financiers anglo-saxons, Antoine Ntsimi développe très tôt une réputation de négociateur méthodique et de fin connaisseur des équilibres macroéconomiques. Après son passage au gouvernement, il poursuit son parcours dans les institutions sous-régionales. En 2005, il devient secrétaire général adjoint de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), où il participe à la mise en œuvre de la zone de libre-échange. Deux ans plus tard, il accède à la présidence de la Commission de la Cemac, au cœur des grands dossiers économiques de l’Afrique centrale.
Mais sa trajectoire n’a rien d’un long fleuve tranquille. À Bangui, ses relations avec les autorités centrafricaines se dégradent. En mars 2012, il est refoulé à l’aéroport sur décision du président François Bozizé. L’épisode marque durablement sa carrière et précipite son départ de la tête de la Commission de la Cemac. S’ouvre alors une longue période d’effacement politique et institutionnel. Sa nomination à la tête du Conseil d’administration de la Socadel prend ainsi des allures de réhabilitation. Pour les autorités camerounaises, il s’agit de confier la gouvernance d’une entreprise stratégique à une personnalité rompue aux rapports de force financiers et aux négociations internationales. Dans un secteur où les attentes des populations restent immenses, Antoine Ntsimi sait qu’il joue une nouvelle partition décisive.
Oumarou Hamandjoda, ingénieur de l’État à la tête de la Socadel
Ingénieur des grandes infrastructures énergétiques, universitaire et haut cadre de l’administration, Oumarou Hamandjoda incarne la nouvelle direction de la Société camerounaise d’électricité (Socadel), dont il est le tout premier Directeur général. Il succède à Amine Homman Ludiye, en fonction depuis juin 2023.
Originaire de Kodek, dans l’Extrême-Nord du Cameroun, il s’est construit un parcours académique et professionnel rare dans le domaine de l’hydroélectricité. Titulaire d’un Master of Sciences en ingénierie des centrales hydroélectriques et ouvrages hydrauliques obtenu en 1993, puis d’un doctorat dans le même domaine en 1996 en Russie, il débute sa carrière à Hydroproject, où il se spécialise dans la conception de petites centrales.
De retour au Cameroun en 1998, il rejoint l’enseignement supérieur comme chargé de cours à l’université de Ngaoundéré, puis à l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé, où il devient Maître de conférences et plus tard professeur titulaire. Cette double casquette d’enseignant et de praticien lui permet d’allier rigueur scientifique et compréhension opérationnelle des systèmes électriques.
Son parcours prend ensuite une dimension stratégique lorsqu’il intègre l’administration centrale. Entre 2003 et 2009, il est conseiller technique à la Présidence de la République en charge des questions énergétiques et des projets structurants. Il y acquiert une connaissance approfondie des politiques publiques et des mécanismes de pilotage de grands projets. Il poursuit son expérience internationale à la Société financière internationale (IFC), où il participe au suivi de plusieurs opérations de privatisation dans la sous-région, notamment dans le secteur de l’énergie. De 2009 à 2014, il occupe également des fonctions de haut niveau au sein de The AES Corporation, en tant que Deputy CEO, avec des responsabilités liées à la production, aux investissements et aux relations institutionnelles.
En 2014, il rejoint Eneo Cameroun comme Directeur général adjoint, poste qu’il occupe jusqu’à sa nomination à la tête de la Socadel. À ce poste, il est au cœur des défis opérationnels du secteur : production, distribution, gestion des contraintes techniques et financières, mais aussi relations avec l’État et les bailleurs. Fort de plus de trente ans d’expérience, Oumarou Hamandjoda est aujourd’hui considéré comme un technicien aguerri, familier des dossiers sensibles du secteur électrique camerounais.
Jean Basile Ekobena, le régulateur chevronné au cœur de la Socadel
Figure discrète mais centrale du secteur électrique camerounais, Jean Basile Ekobena occupe désormais le poste de tout premier Directeur Général Adjoint de la Société camerounaise d’électricité (Socadel). Il consacre plus de trois décennies d’expérience au service d’un secteur en pleine refondation. Ingénieur économiste de l’énergie, il s’est forgé un profil rare à la croisée de la technique, de la régulation et de la gestion stratégique des systèmes électriques. Sa formation académique, complétée par des enseignements spécialisés en gouvernance et en management des services publics, lui a permis de développer une compréhension fine des infrastructures énergétiques et des mécanismes de pilotage du secteur.
C’est au sein de la Société nationale d’électricité (Sonel), puis d’AES Sonel et enfin d’Eneo Cameroon, qu’il construit l’essentiel de sa carrière. Il y occupe progressivement des fonctions de responsabilité, en particulier dans les domaines de la régulation et du développement. Directeur de la régulation, il joue un rôle déterminant dans la gestion des relations avec les autorités publiques et dans l’encadrement du cadre normatif du secteur. Cette fonction lui permet d’être au cœur des arbitrages entre opérateurs, État et partenaires techniques.
Par la suite, en tant que Directeur du développement, il pilote plusieurs projets structurants, notamment la modernisation du réseau électrique et l’introduction progressive de solutions numériques de paiement. Son expérience ne se limite pas au cadre national. Il intervient également dans des dynamiques régionales, notamment à travers sa collaboration avec des instances énergétiques d’Afrique centrale, ce qui lui donne une vision élargie des enjeux d’interconnexion et d’intégration des réseaux.
Avec la création de la Socadel, Jean Basile Ekobena est appelé à jouer un rôle stratégique aux côtés du Directeur général Oumarou Hamandjoda. Ensemble, ils héritent d’un secteur confronté à des défis majeurs : endettement important, vieillissement des infrastructures, pertes techniques et commerciales, mais aussi attentes fortes des usagers en matière de continuité et de qualité du service.
Hélène Tientcheu


