Lutte contre la corruption: Les pertes financières chutent en 2024
L’année 2025 a été marquée par la publication par la CONAC du rapport sur l’état de la corruption en 2024, où il ressort que le Cameroun a limité à 4,06 milliards de FCFA les pertes liées aux détournements, contre 114 milliards l’année précédente.
Pendant longtemps, les chiffres donnaient le vertige et nourrissaient l’indignation. Chaque année, des dizaines de milliards de francs CFA s’évaporaient des caisses publiques, happés par la corruption et la mauvaise gouvernance. En 2024, pourtant, un tournant semble s’opérer : l’État camerounais n’a perdu « que » 4,06 milliards de FCFA, contre 114 milliards en 2023. Une chute spectaculaire, révélée par le rapport annuel de la Commission nationale anti-corruption (CONAC), présenté le 27 août dernier à Yaoundé, et largement attribuée à l’efficacité accrue des mécanismes de remboursement du corps du délit.
Ce chiffre, au cœur du rapport, marque une rupture. Il ne traduit pas seulement une baisse des détournements constatés, mais surtout une amélioration notable de la capacité de l’État à récupérer les fonds indûment soustraits. Autrement dit, l’argent volé revient de plus en plus dans les caisses publiques, réduisant mécaniquement le préjudice financier final supporté par le Trésor.
Dans un document de près de 300 pages, publié en français et en anglais, la CONAC dresse un état des lieux détaillé de la lutte contre la corruption au Cameroun. Le rapport s’articule autour de trois axes majeurs : la prévention, la répression et le recouvrement des avoirs. C’est sur ce dernier volet que les résultats sont les plus visibles.
En 2024, plus de 8,4 milliards de FCFA ont été effectivement recouvrés, principalement grâce aux actions du Tribunal criminel spécial (TCS) et de la Société de recouvrement des créances du Cameroun. Cette performance explique en grande partie la différence abyssale entre les pertes enregistrées en 2023 et celles de 2024. Là où les détournements aboutissaient autrefois à des pertes sèches pour l’État, les procédures judiciaires et administratives permettent désormais de limiter la casse. Le remboursement du corps du délit, souvent assorti de transactions ou de décisions de justice, s’impose ainsi comme un levier central dans la lutte contre la corruption.
La dynamique ne s’arrête pas là. Le rapport relève une intensification des sanctions disciplinaires et pénales. Au total, 298 agents publics ont été sanctionnés en 2024, contre un nombre moindre l’année précédente. Les mesures vont du blâme à la révocation, en passant par des poursuites judiciaires. Par ailleurs, 31 structures administratives et juridictions ont été impliquées dans la lutte, contre 24 en 2023, signe d’une mobilisation institutionnelle plus large.
Sur le terrain de la prévention, la CONAC note également des avancées, notamment avec la mise en place ou le renforcement de numéros verts dans plusieurs administrations, destinés à encourager la dénonciation des pratiques corruptives. Ces outils, bien que perfectibles, participent à l’émergence d’une culture de redevabilité.
Mais le tableau n’est pas exempt d’ombres. Certaines administrations continuent de faire de la résistance, refusant ou négligeant de collaborer avec la Conac. Des ministères clés, tels que l’Administration territoriale, la Communication, les Transports ou encore l’Eau et l’Énergie, figurent parmi les mauvais élèves. Une attitude qui freine l’efficacité globale du dispositif et rappelle que la lutte contre la corruption demeure un combat inégal.
Par Julien Efila

