Léon XIV : De la mafia sicilienne à la corruption camerounaise, le défi de préserver la jeunesse ?
Le pape Léon XIV a exhorté la jeunesse camerounaise à résister à la corruption lors de sa visite au Cameroun. Il a par ailleurs encouragé les jeunes à refuser la violence, les abus, la superstition et les tentations qui gaspillent leur énergie et ne servent pas le progrès de la société. Autant de maux qui gangrènent insidieusement l’avenir et toute velléité d’impacter les politiques économiques susceptibles de générer emploi et croissance.
Le chef de l’État du Vatican, dont les institutions sont encastrées au cœur de l’Italie marquée par la violence et la corruption, a ainsi lancé un appel fort.
Appel à la résistance contre la corruption
Lors de ce séjour historique, le pape Léon XIV a délivré un message puissant à la jeunesse, l’appelant à être actrice de changement dans sa société. Il a souligné que, malgré la richesse des terres camerounaises, de nombreuses personnes vivent dans la pauvreté, tant matérielle que spirituelle.
On ne manquerait pas de lui rétorquer le rôle néfaste joué par les nations puissantes et leurs multinationales dans le pillage systémique de ces ressources depuis des siècles. Car, certainement conscient de cette réalité, le Saint-Père a encouragé les jeunes à ne pas céder au découragement ni à la méfiance, mais plutôt à incarner des gestes de solidarité et de pardon.
Il a spécifiquement mis en garde contre les formes d’abus et de violence qui promettent des gains faciles mais endurcissent le cœur, et a insisté sur le refus de la corruption. Un discours rassurant, car il tranche avec celui de certains de ses congénères occidentaux, qui fustigent davantage la victime tout en magnifiant le bourreau historique.
Le contexte de la corruption au Cameroun
La corruption demeure un problème persistant au Cameroun, affectant de nombreux secteurs de la vie publique. Elle fait pourtant l’objet d’une lutte structurelle et institutionnelle dans le pays. Mais, du fait de la non-prise en compte des liens incestueux avec certaines puissances historiques, cette lutte bute encore sur de nombreux obstacles.
Selon la Commission nationale anti-corruption (CONAC), le pays a subi un préjudice financier de plus de 114 milliards de francs CFA en 2023 en raison d’actes de corruption. Les ministères des Finances, des Domaines et des Affaires foncières, ainsi que les forces de l’ordre, figurent parmi les administrations les plus touchées. Les litiges fonciers et les marchés publics sont également des domaines où la corruption est fréquemment signalée.
Une épée dans l’eau ?
L’appel du pape à la jeunesse d’un pays qui concentre, au mètre carré, plus d’églises, de groupes de prière, de débits de boissons et de jeux de hasard, devrait inciter à une forme de catharsis. Il constitue aussi un motif de satisfaction : celui de voir l’un des chefs spirituels les plus influents d’un espace colonial ayant produit la traite négrière, le commerce triangulaire et une ONU à géométrie variable, oser poser la problématique.
En effet, loin de l’ignominie d’une Afrique qui ne serait pas prête à entrer dans l’histoire, le pape Léon XIV a plutôt invité la jeunesse camerounaise à devenir protagoniste de son avenir, en suivant sa vocation et en refusant les tentations qui nuisent au progrès de la société.
Il a même souligné que le message de l’Évangile, loin de corrompre, peut nourrir la conscience, libérer de ce qui vole la dignité et permettre de tracer des sillons de paix au milieu des rivalités et de la corruption. Le pape a également rappelé que les valeurs de foi, de famille, d’hospitalité et de travail constituent le « trésor » du Cameroun.
Comment donc, dans un contexte international délétère, marqué par une ingérence insidieuse nourrie de manipulation et d’intoxication, parfois relayée par certains évêques et prélats camerounais, se convaincre et oublier que notre pays, aux richesses multiples et variées, constitué d’un peuple valeureux, en est à sa quatrième rencontre avec un vicaire du Christ ?
Parions que, maintenant qu’il est reparti, le pape sera véritablement accompagné par les millions de citoyens qui se réclament de la foi catholique et chrétienne. Et surtout, que ses propres vicaires au Cameroun cessent de se confondre avec les acteurs politiques du moment, au prix d’une instrumentalisation même de la vérité biblique.
Par Tafeu François Bikoro, activateur politique

