Jeunesse camerounaise: Entre promesses répétées et réalités persistantes

À l’occasion de la 60e Fête de la Jeunesse, le chef de l’État a renouvelé ses engagements en faveur de l’emploi et de l’insertion. Pourtant, sur le terrain, de nombreux jeunes peinent toujours à percevoir les effets concrets de ces annonces.

À Yaoundé, le 10 février 2026, le président de la République, Paul Biya, s’est une nouvelle fois adressé aux jeunes à la veille de leur fête nationale. Sous le thème « Jeunesse au cœur des grandes espérances… », le chef de l’Etat a promis davantage d’opportunités, d’emplois et même un accès accru aux hautes responsabilités publiques. « Je n’ai jamais cessé de me soucier de vous », a-t-il affirmé, tout en annonçant qu’un « plus grand nombre » de jeunes se verraient confier des fonctions élevées dans la gestion des affaires publiques.

Cependant, au-delà des déclarations solennelles, un décalage persiste entre le discours officiel et le vécu quotidien d’une partie importante de cette jeunesse. Depuis plusieurs années, les mêmes axes sont mis en avant : promotion de l’emploi, encouragement à l’entrepreneuriat, amélioration de la formation. Le chef de l’État a rappelé l’existence d’un Plan spécial pour l’emploi des jeunes, l’octroi d’exemptions fiscales aux entreprises recrutant des diplômés, ainsi qu’une enveloppe de 50 milliards de FCFA pour soutenir l’initiative privée.

Pourtant, sur le terrain, nombre de jeunes diplômés continuent de chercher un premier emploi. Beaucoup évoquent des démarches longues, des financements difficiles d’accès et un marché saturé. Le président lui-même a reconnu que les recrutements publics « ne seront jamais suffisants » pour absorber toutes les demandes. Dès lors, l’invitation répétée à « entreprendre » et à « persévérer » apparaît, pour certains, comme une nécessité plus qu’un choix.

L’insertion demeure un défi

Par ailleurs, le discours insiste sur la responsabilité morale de la jeunesse. Le chef de l’État appelle à « tourner le dos aux excès » et met en garde contre la délinquance ou l’immigration clandestine. Il exhorte également les jeunes à ne pas écouter « les sirènes du chaos ». Toutefois, cette exhortation à l’engagement citoyen se heurte parfois à un climat de méfiance. Des voix critiques issues de la jeunesse, qu’elles soient associatives, artistiques ou politiques, disent rencontrer des obstacles lorsqu’elles expriment leurs revendications.

Ainsi, l’appel à participer pleinement à la vie publique contraste avec les réserves exprimées par certains jeunes qui estiment que leur parole est peu prise en compte. Le président, pour sa part, assure vouloir renforcer la place des jeunes dans les institutions, évoquant le renouvellement à venir de responsables publics et les prochaines échéances électorales. « L’avenir de notre pays repose entre vos mains », a-t-il déclaré.

En outre, malgré les annonces successives sur la formation et l’ouverture de nouveaux centres, l’insertion demeure un défi. Chaque année, des milliers de jeunes arrivent sur le marché du travail. Si certains réussissent dans l’agriculture, le numérique ou les services, beaucoup continuent d’exercer des activités précaires, loin des ambitions affichées dans les discours officiels. Ce contraste nourrit un sentiment d’attente. D’un côté, un message présidentiel qui se veut rassurant, insistant sur les « progrès accomplis » et la détermination à lutter contre le chômage. De l’autre, une jeunesse confrontée à des difficultés concrètes, parfois tentée par l’exil ou par des formes d’expression plus radicales.

À 60 ans de la Fête de la Jeunesse, la question centrale demeure celle de la traduction des engagements en résultats visibles. Les mots, répétés d’une année à l’autre, fixent un cap. Reste à savoir si les actes suivront au rythme des espérances d’une génération qui, entre patience et impatience, attend toujours que les promesses se matérialisent dans son quotidien.

H.T

 

 

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