Industries extractives: Le rapport ITIE 2023, présenté

Présenté le 10 décembre 2025 à Yaoundé, le document met en lumière une contribution record de plus de 1 000 milliards de FCFA au budget de l’État, ainsi que des avancées décisives vers le respect des standards internationaux de transparence.

Derrière les colonnes de chiffres et les tableaux de rapprochement, un enjeu stratégique se dessine : la crédibilité du Cameroun dans la gouvernance de ses ressources naturelles. La présentation publique du Rapport ITIE 2023, le 10 décembre à Yaoundé, intervient dans un contexte particulier, marqué par la suspension du pays du processus ITIE depuis le 1ᵉʳ mars 2024.

Plus qu’un simple exercice de reddition des comptes, ce rapport se veut un signal fort adressé à la communauté internationale.  Premier enseignement majeur : le poids budgétaire des industries extractives. En 2023, les entreprises du secteur ont versé un total de 1 232,69 milliards de FCFA à l’État, dont 1 035,85 milliards effectivement intégrés au budget public. Cela représente près de 22 % des recettes de l’État (21,95 % exactement), confirmant le rôle central du pétrole, du gaz et des mines dans le financement des politiques publiques. Peu de secteurs affichent une telle capacité de mobilisation des ressources.

Cette performance contraste toutefois avec la place réelle du secteur dans l’économie nationale. Le rapport souligne un paradoxe persistant : alors que les industries extractives génèrent 32,04 % des exportations du pays, elles ne contribuent qu’à hauteur de 4,15 % du PIB et 0,62 % de l’emploi. Une situation qui pose la question de la transformation locale des ressources et de leur impact social, au-delà de la manne fiscale.

Sur le plan sectoriel, le rapport ITIE 2023 met en évidence des dynamiques contrastées. La production pétrolière poursuit sa tendance baissière, avec 23,9 millions de barils produits en 2023, contre 25 millions en 2022. En revanche, le potentiel gazier du Cameroun apparaît comme un relais de croissance stratégique. Évaluées à environ 6,2 trillions de pieds cubes (TCF), les réserves gazières, dont 37 % du domaine est déjà sous contrat, offrent des perspectives importantes. Le projet transfrontalier Yoyo-Yolanda, mené avec la Guinée équatoriale, illustre cette ambition de repositionnement régional.

Le secteur minier, encore embryonnaire en termes de retombées budgétaires, se prépare à une montée en puissance. Des projets structurants dans le fer, la bauxite, le cobalt ou l’or sont en développement, même si leurs effets significatifs sur les recettes publiques ne sont attendus qu’à partir de 2025. En attendant, les autorités misent sur des réformes de gouvernance pour assainir et structurer le secteur.

Mais l’apport majeur du Rapport ITIE 2023 réside ailleurs : dans l’alignement progressif du Cameroun sur la nouvelle Norme ITIE 2023. Cette norme, plus exigeante, renforce les obligations de transparence sur la propriété effective des entreprises, la publication des contrats, la traçabilité des flux financiers et la qualité des données. Pour le Comité national ITIE, l’année 2023 a constitué une phase de transition, nécessitant une adaptation des méthodes de collecte, une mobilisation accrue des administrations et un meilleur encadrement des systèmes d’information.

Par Julien Efila

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