Grands projets : La colère monte chez les communautés riveraines

Réunis à l’initiative du CED, le 1er avril dernier à Yaoundé, les riverains des chantiers d’envergure ont dénoncé leurs impacts, mettant en lumière des violations des droits fonciers ainsi que des déséquilibres sociaux préoccupants.

Organisée par le Centre pour l’environnement et le développement (CED), un atelier de renforcement des capacités a réuni à Yaoundé, des représentants de communautés affectées par les grands projets structurants, en présence de journalistes le 1er avril dernier.

À travers des travaux de groupe, la rencontre a surtout permis aux populations riveraines d’exposer directement leurs réalités et leurs revendications, après avoir identifié les projets en cause (agro-industries, exploitations minières, activités forestières, infrastructures publiques et aires protégées).

Rapidement, une convergence des constats s’est dégagée chez toutes ces communautés venues des régions de l’Est (Garoua-Boulaï, Batouri), du Sud (Dja-et-Lobo), de l’Adamaoua (Mbéré, Djerem, Faro et Déo).

Le principal grief exprimé reste l’accaparement des terres. Les communautés dénoncent des cessions massives au profit d’entreprises, souvent sans consentement préalable, ainsi que la non-reconnaissance des droits coutumiers. À cela s’ajoutent des pratiques d’immatriculation contestées et une corruption foncière persistante, entraînant une réduction drastique des espaces vitaux et une dépossession progressive. Les atteintes à l’environnement constituent un autre point majeur de préoccupation. Déforestation, pollution des eaux par des produits toxiques, destruction des écosystèmes et perturbation des cours d’eau sont largement signalées.

Dans certaines localités, les dégâts sont jugés irréversibles, avec des conséquences directes sur la santé et les moyens de subsistance.Sur le plan socio-économique, les impacts se traduisent par une perte des activités traditionnelles telles que l’agriculture, la pêche et la chasse. Cette situation engendre une dépendance accrue aux emplois précaires liés aux chantiers, une inflation locale et une marginalisation des jeunes, exclus de l’accès à la terre.

Les participants ont également mis en avant une dégradation du climat social et sécuritaire. Les conflits fonciers et agro-pastoraux se multiplient, accompagnés de violences, notamment basées sur le genre. Au-delà des effets visibles, les échanges ont mis en lumière un affaiblissement des mécanismes de gouvernance. Corruption, non-respect des engagements contractuels, absence de contrôle et marginalisation des communautés dans les prises de décision alimentent une crise de confiance généralisée. Les responsabilités sont partagées entre acteurs étatiques, entreprises privées et intermédiaires locaux.

Certaines catégories apparaissent particulièrement vulnérables. Les femmes subissent une perte d’autonomie économique et une exposition accrue aux violences. Les peuples autochtones font face à une dépossession territoriale plus marquée, tandis que les jeunes et les enfants sont affectés par le chômage et la déscolarisation, notamment dans les zones minières.

SolutionsFace à ces constats, les participants ont formulé des pistes de solutions structurées. Ils appellent à des réformes foncières visant la reconnaissance des droits coutumiers, la sécurisation des terres et une plus grande transparence dans les transactions.

Ils recommandent également un renforcement de la gouvernance, à travers l’application stricte des lois, la mise en place de mécanismes de contrôle indépendants et la lutte contre la corruption. Le respect du consentement libre, préalable et éclairé des communautés, leur implication effective dans les projets et l’octroi d’indemnisations justes figure parmi les priorités.

Sur le plan environnemental, les propositions portent sur le respect des études d’impact, la réhabilitation des sites dégradés et la protection des écosystèmes sensibles. Enfin, des solutions socio-économiques sont envisagées, notamment la restauration des moyens de subsistance, le reboisement et le développement d’alternatives économiques durables.

Par Julien Efila

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