Gaz naturel liquéfié: 10% du marché pour l’Afrique au 1er trimestre 2026
Avec une hausse fulgurante de 27% de ses exportations de Gaz Naturel Liquéfié (GNL), au 1er trimestre 2026, l’Afrique change de stature sur l’échiquier mondial tandis que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient redessinent les routes de l’énergie, le continent s’impose comme le nouveau refuge gazier de l’Europe et de l’Asie.
Le paysage énergétique mondial connait une mutation profonde en ce début d’année 2026. Selon les dernières données sectorielles, les exportations africaines de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) ont atteint le volume record de 11,32 millions de tonnes entre janvier et mars. Ce bond de 27% permet au continent de capter près de 10% des parts de marché mondiales, consolidant da position de fournisseur stratégique face à l’instabilité des routes traditionnelles. Cette performance n’est pas le fruit du hasard, puisqu’elle est étroitement liée à l’aggravation des tensions dans le Golfe Arabo-Persique. Les incertitudes pesant sur le transit via le détroit d’Ormuz, ont poussé les acheteurs européens et asiatiques, échaudés par la volatilité des prix fin 2025, à accélérer la diversification de leur approvisionnement.
Pour les terminaux de regazéification du vieux continent, l’Afrique de l’Ouest offre un avantage comparatif indéniable, une proximité géographique réduisant les coûts logistiques et une relative déconnexion des zones de conflits directs. C’est ce que les analystes appellent désormais la « Prime à la sécurité géographique », un facteur qui pèse aujourd’hui autant plus que la molécule de gaz. Sans surprise, le Nigeria continue de porter le leadership continental et ce malgré les défis infrastructurels persistants, le géant d’Afrique de l’Ouest a su maximiser ses capacités de liquéfaction pour répondre à l’urgence de la demande globale. Quant à l’Afrique Centrale, elle s’affirme comme le laboratoire mondial du GNL flottant. Contrairement aux géants comme le Nigeria, qui s’appuient sur d’énormes usines à terre, la sous-région a parié sur des unités mobiles en mer, une stratégie qui porte ses fruits en 2026.
Le réveil des géants et l’éclosion des nouveaux acteurs
Le véritable séisme statistique provient des pays dit « émergents » du secteur. La Mauritanie en synergie avec le Sénégal via le projet Grand Tortue Ahmeyim-GTA, enregistre une progression spectaculaire. Avec plus de 700 000 tonnes exportées ce trimestre, contre des volumes marginaux l’an dernier, la zone Mauritanie, Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau et Guinée-Conakry (MSGBC), confirme son entrée dans la cour des grands. Le Congo suit une trajectoire similaire. En doublant presque ses volumes d’exportation (+98%) pour atteindre 273 000 tonnes, Brazzaville démontre que les investissements massifs dans les unités de liquéfaction flottantes (FLNG), commencent à transformer radicalement les revenus d’exportation nationaux. Le cas du Cameroun est une résilience à l’épreuve du marché car au sein de cette euphorie continentale, le pays présente un profil plus nuancé. Avec 283 000 tonnes exportées au premier trimestre, le Cameroun accuse un repli de 27% par rapport à la même période l’année précédente. Cette baisse de régime qui place le pays au 8ème rang des exportateurs africains, s’explique en partie par des cycles de maintenance et une maturité de certains gisements. Néanmoins, l’unité flottante Hilli Episeyo, au large de Kribi, demeure un atout stratégique majeur. La résilience du modèle camerounais repose sur une stabilité opérationnelle saluée par les partenaires internationaux, bien que la baisse des volumes souligne l’urgence de relancer l’exploration pour alimenter les capacités de traitement existantes.
En somme, l’Afrique ne se contente plus de subir les soubresauts du marché mondial, elle commence à les influencer. La capacité du continent à fournir 10% du GNL mondial en un seul trimestre prouve que les investissements réalisés au cours de la dernière décennie arrivent à maturité. Toutefois, si la tendance se maintien à l’horizon fin 2026, l’Afrique pourrait non seulement devenir le premier recours de l’Europe en cas de crise majeure au Moyen-Orient, mais aussi un acteur incontournable de la transition énergétique globale, le gaz étant perçu comme l’énergie de transition par excellence.
Par Arnaud Joseph Etoundi

