Franc CFA: Le long silence qui brouille l’avenir du XAF en Afrique centrale
Alors que les promesses de réforme se succèdent depuis 2019, l’avenir du franc CFA en Afrique centrale demeure flou,constate la récente note de veille économique du Camercap-Parc.
Le débat sur l’avenir du franc CFA en Afrique centrale semblait lancé dès 2019, lorsque les chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) avaient demandé l’ouverture d’une réflexion sur la future coopération monétaire. Pourtant, six ans plus tard, le processus avance à pas si lents que beaucoup s’interrogent. C’est le cas de la dernière note du Centre d’analyses et de recherches sur les politiques économiques et sociales du Cameroun (Camercap-Parc). « Nous attendons toujours une feuille de route claire », soulignant un immobilisme qui surprend autant qu’il inquiète. En effet, alors que la zone Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) affichait des réformes symboliques rapides, la Cemac, elle, reste prisonnière d’une prudence persistante.
Car, au fil des années, déplore le Camercap-Parc, un phénomène discret mais révélateur s’est installé : la déconnexion croissante entre le XAF et son jumeau ouest-africain, le XOF. Qui pense que ce glissement, observé dans les usages quotidiens et les échanges économiques, nourrit un sentiment d’abandon. « Nous assistons à deux trajectoires qui ne se parlent plus », estime un spécialiste des politiques régionales. Et cette évolution, devenue presque banale, d’après l’expert, interroge directement la cohérence même de la Zone franc.
Pourtant, l’ambition affichée en 2019 semblait claire : réexaminer le cadre monétaire, moderniser les outils existants et ouvrir une nouvelle ère de coopération. Les chefs d’État avaient ainsi chargé la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), sous la supervision de la Commission de la Cemac, d’étudier les différentes options possibles. Cependant, aucune conclusion publique n’a vu le jour. Depuis, les rencontres officielles se suivent, mais les annonces concrètes manquent. Lors du sommet de 2023, la Conférence des chefs d’État s’était limitée à rappeler « l’importance de la stabilité monétaire », repoussant toute réforme à plus tard.
La transition vers l’ECO
Cette attente prolongée contraste avec les évolutions observées ailleurs. Dans l’Uemoa, la suppression du compte d’opérations ou le retrait des représentants français avaient marqué un tournant, même si la transition vers l’ECO n’est toujours pas achevée. À l’inverse, en Afrique centrale, plusieurs pistes ont certes été évoquées : changement de nom, rapatriement des réserves, adaptation de la gouvernance, mais elles n’ont donné lieu ni à calendrier ni à engagements officiels. Pire encore, certaines discussions techniques ont buté sur des refus, notamment lors des rencontres avec les grandes compagnies pétrolières et minières en 2025.
Pour expliquer ces blocages, plusieurs facteurs se croisent, d’après le Camercap-Parc. D’une part, l’absence de consensus entre États ralentit les décisions. D’autre part, la pandémie a recentré les priorités sur la relance et la dette publique. À cela s’ajoute une communication limitée des institutions, ce qui entretient le flou. « Nous avançons, mais sans visibilité extérieure », se défend toutefois une source proche de la Beac, rappelant que les travaux techniques se poursuivent.
Reste que cette discrétion alimente le doute. De l’avis d’expert, « la Beac dispose de compétences solides, et la Commission de la Cemac joue un rôle de coordination, mais aucune ne peut mener une réforme d’une telle ampleur sans un engagement politique affirmé ». Or, celui-ci tarde. Résultat : « le XAF évolue dans une zone grise où la stabilité affichée ne suffit plus à rassurer ».
Ainsi, à mesure que la région attend un signal, la perception d’un avenir monétaire incertain gagne du terrain. L’enjeu dépasse le simple maintien d’une devise : il touche à la souveraineté, à l’intégration régionale et aux ambitions économiques de toute une sous-région. « Ce qui manque aujourd’hui, c’est un cap », résume un universitaire. En indiquant que, tant que celui-ci ne sera pas clairement défini, le débat sur le XAF restera suspendu entre promesses et silence, reflet d’une réforme attendue mais toujours repoussée.
H.T

