Filière coton: 70 milliards de FCFA pour relancer la Cicam
Face à l’effondrement de l’industrie textile nationale, le gouvernement camerounais prévoit d’y injecter de nouvelles ressources d’ici 2030.
L’espoir renaît autour de la Cotonnière industrielle du Cameroun (Cicam), longtemps considérée comme le fleuron du textile dans la sous-région, aujourd’hui en déclin. Selon le rapport 2025 de la Banque africaine de développement (BAD) consacré au Cameroun, le gouvernement camerounais prévoit un investissement massif de 70,2 milliards de FCFA pour relancer les activités de cette entreprise publique. L’objectif est de sextupler la capacité de transformation du coton d’ici 2030, en cohérence avec les ambitions de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30). Ce rapport ne détaille pas les modalités de cet investissement, mais précise que ce plan d’envergure s’inscrit dans la logique de restructuration des chaînes de valeur nationales. À l’horizon 2030, la SND30 vise une production annuelle de 600 000 tonnes de coton brut, contre environ 350 000 tonnes actuellement, grâce aux efforts de la Société de développement du coton (Sodecoton).
L’ambition est de transformer 50 % de cette production localement, un défi de taille qui ne pourra être relevé sans une industrie textile « robuste et compétitive ». Ainsi, parmi les objectifs concrets associés à la relance de la Cicam figure la fourniture des tenues pour les corps constitués de l’État : armée, police, gendarmerie, personnel civil et assimilés. L’État ambitionne que ces équipements soient fabriqués localement en utilisant au moins 60 % de coton camerounais. De même, la stratégie prévoit de répondre à au moins 50 % des besoins nationaux en tenues de sport, incluant maillots, survêtements, baskets, etc. Cette approche permettrait non seulement de stimuler la demande pour la production nationale, mais aussi de réduire significativement les importations de vêtements, qui pèsent lourd dans la balance commerciale. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’investissement dans la Cicam, censée jouer un rôle pivot dans la relocalisation de la chaîne de transformation du coton, depuis le filage jusqu’à la confection de vêtements destinés aux marchés local et régional.
Les 70,2 milliards de FCFA annoncés dépassent largement les besoins estimés dans une étude réalisée en 2023 par le Bureau de mise à niveau des entreprises (BMN), désormais dissout. Cette étude, commandée par le ministère de l’Industrie et menée par le cabinet international Mazars, évaluait le coût de la restructuration de la Cicam entre 30,7 et 48,2 milliards de FCFA, selon les scénarios envisagés. Dans l’hypothèse d’une restructuration intégralement pilotée par les gouvernants camerounais sans changement de modèle économique, le coût était estimé à 48,2 milliards de FCFA, pour un besoin net en financement de 40,6 milliards de FCFA. En cas de privatisation partielle, le coût aurait été ramené à 30,7 milliards, pour un besoin net de 21,7 milliards de FCFA. Ces écarts devraient viser une transformation profonde et durable du modèle économique de la Cicam, incluant potentiellement la modernisation des outils de production, la création de nouvelles unités industrielles, le renforcement de la logistique et la montée en gamme des produits.
La Cicam, jadis pilier du textile en Afrique centrale, ne représente aujourd’hui plus que l’ombre d’elle-même. Selon les chiffres officiels, elle ne capte désormais qu’environ 5 % du marché local du coton, du textile et de la confection, contre près de 80 % à son âge d’or. Une dégringolade imputée à plusieurs facteurs structurels et conjoncturels : la concurrence féroce des tissus importés à bas coût, principalement en provenance de la Chine et d’Afrique de l’Ouest, souvent introduits en contrebande, mais aussi l’essor incontrôlé de la friperie, devenu le choix de consommation de millions de Camerounais. Cette situation a non seulement fragilisé les emplois directs et indirects dans la filière textile, mais a également accentué la dépendance du pays vis-à-vis des produits manufacturés importés, en contradiction avec les objectifs d’industrialisation nationale. Si cette relance aboutit, elle pourrait représenter un tournant décisif pour l’économie camerounaise.
Charles Totchum

