Entrepreneuriat jeunes: Mboa Jeunes Créatifs peut-il combler le déficit d’insertion ?

Lancé le 19 mars 2026 à Douala, le programme ambitionne d’accompagner 200 jeunes dans la création et le développement de projets économiques à Yaoundé et Douala. Formation, mentorat et financement d’amorçage visent à transformer idées et talents en opportunités concrètes.

Face à un chômage des jeunes particulièrement élevé dans les grandes villes camerounaises, le programme Mboa Jeunes Créatifs (MIC) se présente comme un outil structurant pour stimuler l’entrepreneuriat et favoriser l’insertion économique. Financé par le Fonds Équipe France (FEF) et piloté par Cameroun Entreprises Développement (CED) en partenariat avec l’Institut Européen de Coopération et de Développement (IECD), ce dispositif cible les jeunes âgés de 18 à 35 ans, offrant un accompagnement complet de la formation au financement.

Le lancement officiel, qui s’est tenu à Douala le 19 mars 2026, a réuni partenaires institutionnels, acteurs de l’écosystème entrepreneurial, organisations de jeunesse et médias. La cérémonie a mis en avant les grandes ambitions du programme : mobiliser au moins 350 jeunes via un appel à manifestation d’intérêt, former 200 d’entre eux à l’entrepreneuriat, et sélectionner 100 projets à fort potentiel pour un accompagnement renforcé sur 18 mois. « Notre ambition n’est pas seulement de financer des projets, mais de structurer des parcours entrepreneuriaux solides et durables. Nous voulons transformer des idées en activités économiques concrètes et renforcer l’engagement citoyen dans les quartiers », explique Antone Bitting, responsable du programme chez CED.

Une attention portée aux femmes et aux jeunes

L’initiative, dit-il, se concentre sur des quartiers ciblés de Douala et Yaoundé, intervenant dans sept arrondissements pour la capitale et six pour la métropole économique. Selon les porteurs de ce projet, une attention particulière est portée aux jeunes femmes et aux jeunes en situation de précarité, afin de renforcer l’autonomie économique et favoriser un engagement citoyen tangible. Toutefois, un responsable chez CED explique que, les secteurs d’activité privilégiés incluent les métiers de proximité : restauration, coiffure, esthétique, services numériques, couture et accessoires, ainsi que l’artisanat et les métiers valorisant le patrimoine local, comme le cuir, le tissage, la bijouterie ou le mobilier.

L’innovation est également encouragée apprend-on, notamment à travers des projets d’économie circulaire et des solutions numériques adaptées aux réalités locales. Cependant, le programme ne se limite pas à la formation initiale. Il prévoit un accompagnement progressif incluant du coaching individualisé, du mentorat, un appui à la structuration administrative et financière, un financement d’amorçage et un suivi post-financement pour sécuriser la croissance des entreprises. « L’objectif est que 70 % des projets deviennent viables à moyen terme », rassure un partenaire institutionnel.

Pour les jeunes bénéficiaires, ce dispositif représente une réelle opportunité de transformer leur parcours professionnel. Ghislaine Ngo Mbembe, promotrice de la maison de couture Be’Lama, témoigne : « CED est un espace où nous, stylistes, apprenons à structurer nos entreprises et à travailler en équipe. Les masterclass nous ont permis de découvrir des talents et de créer des standards communs. Cela change vraiment notre approche du métier ».

Des jeunes peinent à accéder à des emplois décents

Cependant, dans un contexte où plus de 60 % de la population a moins de 25 ans et où de nombreux jeunes diplômés ou déscolarisés peinent à accéder à des emplois décents, l’efficacité réelle de tels programmes reste un enjeu crucial. De l’avis d’expert, les initiatives entrepreneuriales échouent souvent faute de compétences managériales, de suivi ou de financement adapté. « D’où l’importance d’un accompagnement structuré et de proximité, capable de capitaliser les succès et d’identifier les obstacles avant qu’ils ne freinent le développement des jeunes entreprises ».

L’approche MIC pour sa part, mise sur une pédagogie progressive et responsabilisante, avec un fort ancrage local et une attention portée à l’impact économique et social. Elle s’inscrit en cohérence avec la Stratégie Nationale de Développement (SND30) qui place l’autonomisation et l’insertion professionnelle des jeunes au cœur du projet de société du Cameroun. À travers ce dispositif, CED et ses partenaires entendent non seulement stimuler la création de revenus mais également renforcer la cohésion sociale et l’engagement civique dans les quartiers urbains.

Alors que le programme démarre officiellement, la question reste : ce type d’accompagnement peut-il réellement combler le déficit d’insertion des jeunes au Cameroun, ou constitue-t-il un premier pas parmi d’autres mesures nécessaires pour faire face à un chômage urbain structurel ?

Par Hélène Tientcheu

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