Enseignements secondaires: 3400 enseignants portés disparus

Identifiés comme ayant quitté le territoire sans justification, ces seigneurs de la craie ayant disparu des radars sont sommés de se présenter dans les services du Minesec dans un délai de 14 jours, sous peine de radiation.

  1. C’est le nombre exact d’enseignants du secondaire que le ministère dit avoir identifiés comme étant en situation irrégulière après avoir quitté le territoire national ces dernières années.

Dans un communiqué rendu public le 23 février, la ministre des Enseignements secondaires (Minesec), Pauline Nalova Lyonga, invite les personnels concernés, « identifiés lors de la collecte des données auprès des aéroports du Cameroun par le Minfi comme ayant effectué un voyage hors du pays », à se présenter à la porte 507 de son département ministériel. Ils disposent d’un délai de 14 jours à compter de la publication du texte, munis de pièces justificatives attestant de leur position administrative actuelle. Faute de quoi, ils seront « purement et simplement retirés du fichier solde de l’État », prévient le document parvenu à notre rédaction, lequel dresse par ailleurs une liste de ces portés disparus.

Fuite des cerveaux

Mais derrière cette opération de vérification administrative se cache une réalité plus profonde : celle d’un exode massif des enseignants. L’initiative du ministère vise alors, certes, à restaurer la discipline administrative et à préserver les finances publiques. Mais une question de fonds se pose tout de même.  Comment retenir les compétences dans un contexte de mondialisation où les opportunités de mobilité se multiplient ? Le phénomène s’inscrivant d’ailleurs dans un mouvement plus large de fuites des cerveaux vers les pays industrialisés.

Effectivement, à en croire certaines données disponibles, au mois de janvier 2025, 1 226 enseignants étaient déjà signalés absents de leurs postes. L’analyse des déserteurs issue de l’application Aigles laissait entrevoir un chiffre pouvant atteindre 3 000, et la destination privilégiée de ces déserteurs, selon plusieurs sources concordantes, reste le Canada, suivie d’autres pays d’Amérique du Nord et d’Europe.

Ces chiffres qui donnent le vertige traduisent à n’en point douter l’ampleur d’un phénomène devenu préoccupant pour l’État camerounais. La recherche des meilleures conditions de vie et de travail y joue un rôle déterminant. Car en effet, au Cameroun, les enseignants du secondaire perçoivent des salaires estimés entre 200  et 280 000 FCFA par mois, selon leur grade et leur ancienneté. Un revenu jugé peu attractif au regard du coût de la vie, des charges familiales et des exigences du métier.

À cela s’ajoutent des lenteurs administratives dans les intégrations, des rappels de solde parfois attendus pendant des années, ainsi que des conditions de travail difficiles : classes surchargées, déficit d’infrastructures et manque de matériel pédagogique.

L’insécurité persistante dans certaines régions du pays constitue un autre facteur déterminant. Dans les zones affectées par les crises sécuritaires, des établissements ont été fermés ou incendiés, et des enseignants ont été victimes de menaces ou d’enlèvements. Enseigner dans ces contextes relève parfois du défi quotidien. Pour nombre d’entre eux, l’émigration apparaît alors comme une stratégie de survie et d’ascension sociale.

En attendant les réponses des intéressés dans le délai imparti, le gouvernement se retrouve face à un défi majeur. Car au-delà des chiffres et des procédures, ce sont des milliers d’élèves qui risquent de subir les conséquences de ces départs.

Par Julien Efila

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Enregistrez vous à notre newsletter

[mc4wp_form id="69"]