Energie électrique: Qu’est-ce qui change avec la Socadel ?

Elles tournent autour de la proximité avec le client, la fiabilité du service, la transparence dans la gouvernance, l’innovation dans les solutions et les énergies, et la mobilisation des compétences internes. C’est le challenge de la nouvelle direction de la Société camerounaise d’électricité (Socadel) installée le 8 mai 2026 à Douala.

Dans les foyers, les coupures s’enchaînent. Dans les entreprises, les pertes s’accumulent. Et dans les quartiers, la colère monte à chaque interruption de courant. C’est dans ce climat de forte attente que la nouvelle direction de la Société camerounaise d’électricité (Socadel) a officiellement pris les commandes, avec la promesse de réconcilier les Camerounais avec leur service public de l’électricité. Vendredi 8 mai à Douala, la cérémonie de passation de service entre les anciens responsables d’Eneo et les nouveaux dirigeants de la Socadel a marqué une étape importante dans la renationalisation du distributeur d’électricité. Quelques jours après la transformation officielle d’Eneo en société publique, les nouveaux dirigeants ont affiché leur volonté de rompre avec les pratiques qui ont progressivement éloigné les usagers de leur fournisseur d’énergie.

Le ton du nouveau directeur général (DG), Oumarou Hamandjoda, était à la fois prudent et déterminé. « La responsabilité confiée à la nouvelle équipe dirigeante est immense », a-t-il reconnu dès l’ouverture de son discours. Car derrière le changement de nom, les défis restent entiers : qualité de service dégradée, tensions financières, équipements fragilisés et attentes de plus en plus fortes des populations. Pour la nouvelle direction, l’urgence n’est plus seulement technique. Elle est aussi humaine. Une étude de perception menée fin 2025 révèle que les abonnés réclament avant tout « un service plus fiable, plus proche et plus performant ». Un signal que la Socadel dit vouloir prendre au sérieux.

C’est justement autour de cette idée de proximité que la nouvelle équipe entend construire sa stratégie. « Notre engagement se décline autour de cinq axes : la proximité avec le client, la fiabilité du service, la transparence dans la gouvernance, l’innovation dans les solutions et les énergies, et la mobilisation des compétences internes ». Le premier défi reste toutefois visible dans le quotidien des usagers : les coupures répétées. Dans les régions du Nord, la baisse du niveau des barrages liée à la sécheresse continue d’entraîner des rationnements. Dans le Sud, où se concentre l’essentiel de la consommation nationale, le réseau peine encore à suivre la demande. Résultat : ménages, commerces et industriels subissent régulièrement des interruptions qui ralentissent les activités et alimentent la frustration.

« L’amélioration ne se fera pas du jour au lendemain »

Le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a lui-même dressé un constat sévère. Selon lui, le secteur souffre d’un « déséquilibre financier structurel » qui réduit les capacités d’investissement et fragilise tout le système électrique. Les retards de paiement et les impayés compliquent davantage la situation, au point de ralentir l’entretien des installations et l’amélioration du service. Pour le gouvernement, la création de la Socadel répond à la volonté de reprendre le contrôle d’un secteur jugé stratégique. « L’objectif est clair : restaurer l’autorité de l’État dans un secteur stratégique, rétablir les équilibres financiers et améliorer durablement la qualité du service public ».

Mais les autorités savent que les Camerounais attendent surtout des résultats rapides. Consciente de cette pression, la nouvelle direction prévient déjà que les changements ne seront pas immédiats. « L’amélioration ne se fera pas du jour au lendemain. Elle sera progressive, structurée et collective », a averti le directeur général. Pour accélérer cette transformation, la Socadel veut également s’appuyer sur ses employés. Le nouveau management appelle à « plus de patriotisme, plus de discipline et plus d’exemplarité », tout en promettant une meilleure valorisation des compétences internes. « Le capital humain sera au cœur de l’action », a assuré Oumarou Hamandjoda.

Autre priorité affichée : la lutte contre le vol d’électricité et les branchements frauduleux, considérés comme une importante source de pertes financières. Les autorités souhaitent aussi responsabiliser davantage les consommateurs dans la protection des installations et le règlement régulier des factures. Ainsi, le gouvernement attend déjà des « actions fortes » dans les cent premiers jours : augmenter les recettes, réduire les dépenses inutiles et améliorer le fonctionnement global de l’entreprise.

Hélène Tientcheu

 

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