Économie circulaire: Le gouvernement dévoile sa stratégie 2025–2035
La feuille de route nationale présentée le 22 mai dernier à Yaoundé, entend transformer les déchets et autres ressources inexploitées en leviers de croissance durable.
Le Cameroun a officiellement lancé à Yaoundé sa stratégie nationale d’économie circulaire couvrant la période 2025–2035, le 22 mai dernier. Rédigé avec l’appui technique de la Banque africaine de Développement (BAD), le document qui se veut être un cadre structurant pour accompagner la transition écologique du pays a été présenté à l’occasion d’une cérémonie présidée par le secrétaire général du ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT), Jean Tchoffo.
Il s’agit, a-t-on appris sur place, d’une feuille de route. Elle repose sur 32 objectifs stratégiques et 102 actions concrètes destinées à transformer les modes de production et de consommation. Elle s’inscrit dans la dynamique de la Stratégie nationale de développement 2020–2030 (SND30), qui vise une croissance inclusive, durable et créatrice d’emplois.
Secteurs prioritaires
Quatre secteurs prioritaires ont été identifiés comme moteurs de cette transition. Le premier concerne l’agro-industrie, secteur clé de l’économie camerounaise. La feuille de route prévoit une meilleure valorisation des sous-produits agricoles et agroalimentaires afin de réduire les pertes postrécolte et de développer de nouvelles chaînes de valeur. Les résidus agricoles pourraient ainsi être transformés en fertilisants organiques, en aliments pour bétail ou encore en sources d’énergie biomasse.
Le deuxième axe porte sur la gestion des déchets. Les autorités veulent moderniser les systèmes de collecte, améliorer le tri à la source et promouvoir des solutions durables de traitement des déchets ménagers et industriels. La stratégie encourage également la professionnalisation des acteurs du secteur et l’intégration des collectivités territoriales dans les dispositifs de gouvernance environnementale.
La filière plastique constitue le troisième chantier majeur. Face à la prolifération des déchets plastiques dans les centres urbains et les cours d’eau, le Cameroun entend développer une véritable industrie du recyclage plastique. L’objectif est de réduire l’usage des plastiques à usage unique.
Enfin, le secteur du bois et de la forêt occupe une place stratégique dans cette transition. Le gouvernement souhaite promouvoir une exploitation plus durable des ressources forestières, tout en valorisant davantage les résidus issus de la transformation du bois.
Mais au-delà des enjeux environnementaux, la feuille de route met l’accent sur les retombées économiques et sociales de l’économie circulaire. Les autorités espèrent ainsi favoriser la création d’emplois verts inclusifs, particulièrement en faveur des jeunes et des femmes, tout en renforçant la résilience climatique du pays. La stratégie entend également attirer davantage d’investissements privés dans les secteurs innovants liés à la valorisation des déchets et aux technologies vertes.
L’adoption de cette stratégie intervient dans un contexte marqué par des défis environnementaux croissants liés à l’évolution des modes de consommation et à la pression exercée sur les ressources naturelles. Le Cameroun produit environ 6 millions de tonnes de déchets chaque année, dont plus de 1 300 tonnes de déchets plastiques générées quotidiennement. À cela s’ajoutent des pertes post-récolte estimées à 4,5 millions de tonnes, illustrant l’urgence de repenser les modèles de production et de gestion des ressources.
L’économie circulaire constitue un modèle économique fondé sur l’utilisation rationnelle et durable des ressources. Contrairement au modèle linéaire classique, celui-ci privilégie la réduction des déchets à la source, le réemploi des matériaux, le recyclage des produits et leur réintégration dans les cycles de production.
Par Julien Efila

