Eau: Yaoundé au cœur de l’initiative « Water Forward »
En marge des réunions de printemps du groupe de la banque mondiale et du Fonds Monétaire International, Yaoundé a officiellement rejoint le 15 avril 2026 à Washington cette initiative qui vise à repositionner l’eau comme un moteur de croissance économique et de la création d’emploi pour la décennie à venir.
Le 15 avril 2026, restera une date charnière pour la gouvernance des ressources naturelles au Cameroun. L’initiative « Water Forward », ce programme ambitieux lancé sous les projecteurs de la capitale américaine arrive comme une réponse structurelle alors que les crises climatiques s’intensifient. Le Cameroun, représenté par une délégation de haut niveau comprenant des responsables du ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT) et du ministère de l’Eau et de l’Energie (MINEE), a plaidé pour une approche intégrée de la ressource hydrique. L’objectif affiché par la Banque Mondiale consiste à garantir la sécurité hydrique pour un milliard de personnes d’ici 2030. Pour le Cameroun, l’enjeu est de rattraper le retard infrastructurel en milieu rural et sécuriser l’approvisionnement des pôles industriels en pleine expansion.
L’eau étant le carburant de l’économie et de l’emploi, le point d’orgue du lancement a été la présentation du lien intrinsèque entre l’eau et le marché du travail. Selon les données partagées lors du sommet, près de 1,7 milliards dans le monde, soit la moitié de la main-d’œuvre mondiale dépendent directement de l’accès à l’eau. Pour la délégation camerounaise, ce constat fait écho aux priorités de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30). Que ce soit pour l’agriculture de seconde génération, notamment dans les filières rizicoles et de la banane-plantain, ou pour l’industrie extractive (fer, bauxite, calcaire), l’eau est le « lubrifiant » indispensable. « Sans une gestion rigoureuse et des investissements massifs dans nos bassins versants, nos ambitions d’industrialisation resteront à l’état de projet », a confié un expert de la délégation camerounaise en marge des sessions.
Défis à relever
La présence du Cameroun à Washington n’est pas le fruit du hasard. Elle s’inscrit dans la continuité du 23e Congrès de l’Association Africaine de l’Eau et de l’Assainissement (AAEA), tenu à Yaoundé en février 2026. La capitale camerounaise avait déjà servi de laboratoire pour définir les positions africaines sur la résilience hydrique. L’accent a été mis sur le financement à Washington, où le groupe de la Banque Mondiale a annoncé une enveloppe initiale de 400 millions de dollars pour catalyser les investissements privés via des « Country Compacts » ou pactes nationaux. De ce fait, le Cameroun est pressenti pour être l’un des pionniers de ces pactes, qui permettront de moderniser les infrastructures de la Cameroon Water Utilities (CAMWATER) et de renforcer les capacités des communes dans le cadre de la décentralisation.
En s’engageant à Washington, le 15 avril 2026, le Cameroun ne cherche pas seulement des financements, mais une place sur l’échiquier mondial de la transition écologique. L’eau est désormais perçue comme un actif stratégique national. La mise en œuvre des engagements pris aux Etats-Unis sera scrutée de près par les partenaires développement, mais surtout par les populations locales. Pour le citoyen d’Obala, de Douala, ou de Maroua, le succès de « Water Forward » ne se mesurera pas aux millions de dollars discutés à Washington, mais à la régularité du flux au robinet et à la vitalité des champs irrigués. La course vers 2030 étant lancée, l’avenir sera limpide pour le Cameroun où l’eau sera le vecteur de sa prospérité ou le frein de ses ambitions.
Par Arnaud Joseph Etoundi

