Douala: Le prix du plantain à haut régime

Depuis plusieurs semaines, l’achat de cette denrée est devenu un luxe pour nombre de ménagères déjà éprouvées par la vie chère.

« On ne peut plus nourrir la famille avec ça ! » s’exclame, visiblement excédée, Béatrice Ngue, une ménagère croisée au marché des rails à Bonabéri. « Avant, avec 2000 francs, j’avais un régime moyen. Aujourd’hui, c’est à peine si je peux prendre trois ou quatre doigts. C’est une honte. » A-t-elle poursuivi. Cette scène du marché des rails n’est pas isolée. Dans les marchés de New-Bell, Deïdo, Sandaga ou encore Mboppi, les plaintes fusent. Les ménagères broient du noir face à la cherté de cette denrée alimentaire. Les régimes de plantains, autrefois accessibles à la majorité, affichent désormais des prix vertigineux : 5000 à 7000 FCFA pour un régime moyen, voire plus selon la qualité et la rareté. « Impossible de consommer du plantain à table ces derniers jours, surtout avec la ration qui reste inchangée. Que se passe-t-il réellement ? » S’interroge les ménagères rencontrées. En effet, pour les ménages à faibles revenus, le plantain devient une denrée inaccessible.

À Deïdo, Josiane Tchemeni, ménagère, ne cache pas son désarroi : « Le plantain, c’était pour varier l’alimentation des enfants. Maintenant, c’est le riz tous les jours. Même le manioc commence à coûter cher. » Ce changement dit « brusque » dans les habitudes alimentaires suscite des inquiétudes parmi les nutritionnistes. « Le plantain est une source essentielle de glucides complexes et de fibres. Sa raréfaction pourrait accentuer la malnutrition dans certains foyers, surtout chez les enfants », alerte Dr Aline Ngono, spécialiste en santé publique. Cette flambée s’explique par plusieurs facteurs combinés. Selon Dieudonné Mbassi, commerçant grossiste de plantains au marché Sandaga, le retour des pluies a fait des ravages dans les zones de production. « Les pistes agricoles sont impraticables. Les camions restent embourbés pendant des jours. On ne peut pas acheminer les régimes à temps, et ça se ressent ici. » Les agriculteurs quant à eux confirment la situation.

Il est environ 7 h du matin ce lundi au marché Sandaga, lorsque le camion censé arriver à 3 h du matin fait son entrée. « On a perdu beaucoup de régimes sur pied à cause des vents forts, et les routes sont devenues des bourbiers, sans oublier les embouteillages à Bonabéri jusqu’ici au marché », témoigne Justin Tchoumba, cultivateur à Melong. Cependant, la météo et la circulation n’expliquent pas tout. Dans les couloirs de ce marché de Douala, plusieurs vendeurs pointent du doigt une spéculation orchestrée par certains grossistes. « Ils achètent tout en amont, stockent, puis revendent au prix qu’ils veulent. On est obligés de suivre pour ne pas vendre à perte », confie, sous anonymat, un détaillant. Pour lui, l’absence de contrôle sur les prix accentue le phénomène. « Il faut limiter la chaîne d’intermédiaires et revoir la politique de transport des produits vivriers. Le plantain ne devrait pas coûter plus cher à Douala qu’à Bafang », a-t-il poursuivi.

Cultivé dans 08 des 10 régions du Cameroun comme indiqué lors de la cérémonie de présentation des opportunités économiques, culturelles, sportives et touristiques de la fête de la banane plantain en septembre 2024, ce fruit est considéré comme l’une des filières prioritaires de la stratégie nationale de développement 2030 (SND30). En rappel, selon le ministère de l’Agriculture et du développement rural (Minader), la contribution de cette filière au PIB agricole du Cameroun est de 4,5 %.  La production camerounaise de banane plantain en 2024 était d’environ 5 495 534 tonnes, selon le Plan national d’investissement agricole couplé à la Stratégie de développement du secteur rural 2020-2030. Le pays envisage d’atteindre 7 500 000 tonnes en fin 2025 et 10 000 000 tonnes d’ici 2030.

Toujours en 2024, l’Association camerounaise des acteurs de la banane-plantain et La Régionale Bank sont entrés en partenariat pour financer cette filière. Selon les termes de la convention, la banque accordera aux producteurs 10 à 250 millions de FCFA de prêts à taux préférentiel inférieur à ceux du marché. L’initiative représenterait donc une opportunité pour ladite banque, qui cherche à accroître son portefeuille de crédits destinés à l’agriculture. Selon la Fbpc, l’objectif est de financer jusqu’à 500 agriculteurs chaque année. Les rendements prévoyaient une augmentation à 14 tonnes par hectare en 2025 et 16 t/ha en 2030. En attendant que ces initiatives se fassent ressentir dans les marchés locaux, la population, elle, s’adapte comme elle peut. « On ne peut pas arrêter de manger, mais on choisit : aujourd’hui, on enlève le poisson pour mettre un peu de plantain. C’est triste, mais c’est ça la réalité », conclut Josiane Tchemeni, mère de cinq (05) enfants à Bonabéri.

Charles Totchum

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