Douala: Le prix du Kg de viande de bœuf caracole à 4 000 FCFA
Entre hausse des couts d’approvisionnement, transport onéreux et baisse de pouvoir d’achat et pression sur le transport, bouchers et consommateurs subissent les effets d’un marché de plus en plus tendu.
Au marché Château de Nyalla, les étals de viande restent bien garnis en cette fin de matinée. Pourtant, l’ambiance est moins animée qu’à l’accoutumée. Devant les comptoirs des bouchers, les clients se font plus hésitants. Beaucoup regardent, demandent les prix, puis repartent avec de plus petites quantités. Depuis plusieurs semaines, le prix de la viande de bœuf est en hausse dans plusieurs marchés de la ville. Une situation qui suscite inquiétudes et ajustements chez les consommateurs. « Je suis venue avec mes 3500f comme habituellement pour acheter mon kilo de viande sans os, mais à ma grande surprise le boucher me fait comprendre que ça coûte 4000f. Je n’ai pas ce montant. Donc la quantité sera simplement réduite », affirme une cliente. « Avant, avec 2 000 FCFA, un client repartait avec une quantité correcte. Aujourd’hui, il faut souvent ajouter pour avoir la même chose », explique Moussa, boucher qui fait cette activité depuis une dizaine d’années. Selon lui, les coûts d’achat ont progressé et se répercutent désormais sur le prix au détail.
Même constat au marché de Bonamoussadi, dans l’arrondissement de Douala V. Plusieurs vendeurs affirment avoir revu leurs tarifs au cours des dernières semaines. Certains morceaux autrefois accessibles deviennent plus coûteux, poussant une partie de la clientèle à réduire ses achats ou à se tourner vers d’autres sources de protéines. « Je venais acheter de la viande chaque semaine pour la maison. Maintenant, on réduit les quantités et parfois on remplace par le poisson », confie Mireille, mère de famille rencontrée devant une boucherie. Pour elle, cette hausse intervient dans un contexte déjà marqué par l’augmentation des dépenses quotidiennes. « Entre le transport, les condiments et le reste, ça devient compliqué », ajoute-t-elle.
Au marché de Dakar, dans le 3ᵉ arrondissement, certains commerçants évoquent des difficultés d’approvisionnement. Le bétail acheminé vers Douala provient en grande partie des régions septentrionales du Cameroun ou des pays voisins. Les coûts du transport, les charges logistiques et les fluctuations du marché influencent directement les prix pratiqués dans les boucheries. « Quand le prix du bétail augmente à la source ou que le transport coûte plus cher, nous sommes obligés d’ajuster », explique un revendeur. Selon lui, les marges restent parfois limitées malgré les hausses observées au détail.
Dans certains restaurants populaires et gargotes de quartier, cette évolution commence aussi à produire des effets. À Akwa, une restauratrice indique avoir dû revoir ses portions afin de contenir les coûts. « Les clients ne veulent pas que les prix des plats augmentent, mais nous achetons plus cher », explique-t-elle. Pour les ménages, cette hausse de la viande de bœuf s’ajoute à d’autres pressions sur le panier de la ménagère. Plusieurs consommateurs rencontrés dans les marchés de New Bell, Deido et PK8 estiment que leur pouvoir d’achat s’érode progressivement face à la hausse des prix des produits alimentaires.
Malgré tout, les vendeurs gardent l’espoir d’une stabilisation du marché dans les prochaines semaines. Certains misent sur une amélioration de l’approvisionnement pour réduire la pression sur les prix. D’autres restent prudents, estimant que l’évolution dépendra largement des coûts de transport et des conditions du marché du bétail. Dans les allés du marché Château Nyalla, les discussions se poursuivent entre clients et bouchers. Les balances continuent de tourner, mais les habitudes changent. À Douala, la viande de bœuf reste présente dans les assiettes, mais pour de nombreux ménages, elle devient progressivement un produit à consommer avec plus de retenue.
Diane Kenfack

