Douala-Bangui : Le chantier à 1,12 milliard de dollars qui veut réinventer le commerce en Afrique centrale
Le corridor Douala-Bangui, long de plus de 1 400 kilomètres, est le véritable poumon économique de l’Afrique centrale. Pourtant, ce cordon ombilical souffre de maux chroniques : routes dégradées, insécurité, tracasseries administratives et coûts logistiques prohibitifs. Face à ce constat, la Banque mondiale vient de frapper un grand coup en approuvant un programme d’approche-programmatique en phases multiples d’un montant global de 1,12 milliard de dollars. L’objectif est clair : transformer radicalement cet axe pour en faire un modèle d’intégration régionale au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Urgence logistique pour un corridor vital
Aujourd’hui, transporter des marchandises de Douala à Bangui relève du parcours du combattant. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les coûts de transport peuvent grimper jusqu’à 270 dollars par tonne, pour un temps de trajet oscillant entre 9 et 12 jours dans des conditions normales. Pour la République centrafricaine (RCA), pays enclavé, la situation est critique puisque plus de 80 % de son commerce extérieur transite par cette route.
Le programme de la Banque mondiale s’attaque de front à ces goulets d’étranglement. La première phase, dotée de 525 millions de dollars, cible la réhabilitation des infrastructures prioritaires, la sécurité routière et les réformes de l’entretien au Cameroun, en RCA et au niveau de la CEMAC. En réduisant les temps de transport et les coûts associés, l’institution financière espère stimuler les échanges interétatiques, faire baisser les prix à la consommation et sécuriser l’approvisionnement alimentaire de la région.
Une approche progressive et résiliente
Ce plan massif ne se contente pas de jeter de l’asphalte. Il intègre une forte dimension politique et institutionnelle. Les fonds alloués permettront de remettre en état des tronçons routiers selon des normes strictes de résilience climatique, une nécessité absolue face aux dérèglements environnementaux qui menacent les pistes d’Afrique subsaharienne. De plus, le projet prévoit l’établissement de stations de contrôle de la charge à l’essieu pour protéger les routes contre la dégradation précoce due aux surcharges.
« Le programme s’inscrit dans une vision plus large de l’intégration régionale au sein de la CEMAC », souligne Cheick Kanté, directeur de division à la Banque mondiale. En misant sur une approche par phases, l’institution se donne le droit d’ajuster le tir : les étapes ultérieures seront intensifiées en fonction des performances et des leçons tirées de cette première phase. L’ambition finale est de moderniser la facilitation des échanges et de poser les bases d’un corridor fluide, capable d’attirer durablement les investissements privés en Afrique centrale.
Maixent Fegue

